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« Ils payent le plus lourd tribut de la crise ».

 

Les jeunes et l’emploi au Sénégal, le cas de la commune de Yeumbeul: situation et perspectives.

 

« Ils payent le plus lourd tribut de la crise ».

Au Sénégal, la crise rend vulnérables les jeunes pourtant déjà exposés. Elle a amplifié les difficultés traditionnelles des jeunes et aggraver la situation de discrimination (dans toutes ses formes) qu’ils subissent. De très longues dates, cette jeunesse n’a pas la place qu’elle mérite, qui lui revient sur le marché du travail. Entre autres, les jeunes sont des premiers titulaires de contrats précaires, de situation de sans emploi, de contrats à durée déterminée, ces quelques années, ils ont vu leur chômage augmentait  exponentiellement et pourtant le gouvernement n’a pas cessé de faire croire à la population que le chômage au Sénégal est entraine de baisser.

Constatant cette situation de l’emploi de la jeunesse sénégalaise (pourtant très bien formée), nous nous autorisons de nous poser la question à savoir : la question jeune ne devrait-elle pas être un fil rouge de l’action publique en ce moment ?

Aujourd’hui, il semblerait que le diplôme ne semble pas protéger des effets de la crise. Si l’on en croit l’étude de l’APEC.

Conscient de la gravité de la situation des jeunes au Sénégal, la mobilisation en faveur de l’emploi des jeunes est décrétée par le gouvernement du régime WADE. Depuis ce degré du gouvernement, où en sommes-nous ? Comment sont devenus les jeunes ? Quelle place ont-ils occupé ?, l’emploi s’est-il mi en route ?, autant de questions parmi tant d’autres laissent apparaitre une lecture du marché de l’emploi des jeunes au Sénégal qui consisterai à dire que l’emploi des jeunes au Sénégal est très préoccupante ; le gouvernement en est-il conscient ?

Sans controverse, le défi de l’emploi des jeunes est d’abord lié à la situation générale de l’emploi, mais avec ses aspects propres qui devraient requérir des mesures spécifiques.

Tous se sont mis d’accord sur le fait que relever le défi de l’emploi des jeunes est une condition préalable à l’élimination de la pauvreté, au développement durable et à la paix.

Il est vrai que pour que les jeunes aient leur chance, pour qu’ils aient reconquis leur place dans le développement économique et social de leur pays,  de multiples voies d’accès à un travail décent devraient être ouvertes, mais le constat aujourd’hui est que, malgré les politiques d’emploi, les dispositifs d’insertion des jeunes annoncés par le gouvernement Sénégal, ils restent toujours des premières victimes du sous-emploi, du chômage, à l’instabilité, bref, ils sont dans l’impossibilité de développement personnel et/ou professionnel.

Si l’intégration des populations est une bonne chose, il faudrait noter que celle-ci ne pourrait être réussie si elle ne passe pas forcément par l’insertion professionnelle. Autant le travail est un vecteur de développement personnel et/ou professionnel, de développement économique et social, autant il est aussi le moteur du processus de paix, de cohésion sociale, de stabilité politique et sociale, bref de développement durable. Une nation qui se veut développer doit prôner un développement durable en matière d’emploi et surtout d’emplois des jeunes qui lui passé par le développement des compétences et de l’employabilité de ces derniers. Il s’agit non seulement d’un enjeu humain, mais aussi économique considérant que les entreprises locales, pour assurer leur compétitivité et leur productivité, doivent avec le concours des pouvoirs politiques doivent compter sur une main-d’œuvre qualifiée et disponible pour en faire promotion. La cohérence sociale trouve son fondement éminent dans la situation générale de l’emploi des populations et notamment celle des jeunes. Est-ce le cas du Sénégal ?

 

« Le travail est le moteur essentiel au développement socio-économique d’une nation et d’intégration des populations » à indiqué le ministre Sam Hamad ministre Québécois de l’emploi et de la solidarité sociale.

L’évolution de la société, l’ambition d’élever les niveaux de formation et de qualification des populations sont de nouvelles problématiques des sociétés modernes. Dans le même temps, l’arrivée des nouvelles technologies, la mutation des métiers et des professions, le désintérêt pour les travaux physiques ont progressivement amené les jeunes et les adultes à porter un regard nouveau vers des possibilités de carrières et des débouchés prometteuses.

Former est un art, qui requiert la maîtrise de techniques et de méthodes pédagogiques à la fois innovantes et rigoureuses. L’acquisition des compétences fondamentales peut ainsi apporter d’importants bénéfices économiques et sociaux, non seulement aux individus qui en sont privés, mais aussi à l’ensemble de la société. La plupart des  pays ont mis en place de nouveaux parcours de progression, défini de nouvelles compétences clés et conçu de nouveaux curriculums de formation et de nouveaux dispositifs de celle-ci. A l’aube d’une pénurie de main-d’œuvre, les entreprises ne peuvent se permettre de se priver des compétences et du savoir-faire de la population et notamment de celle jeune.

Aujourd’hui, quand nous parlons de l’emploi, du travail, nous faisons allusion aux compétences, aux qualifications, bref aux savoirs-faire. Dans certains endroits du monde, ces caractéristiques ne correspondent pas à la situation de l’emploi de leur population. Dans le cas du Sénégal, la situation du marché du travail est catastrophique alors que la main-d’œuvre qualifiée, compétence est disponible; pourquoi cette incohérence?

 

Emploi au Sénégal, une situation préoccupante: exemple de la banlieue de Yeumbeul.

L’emploi des jeunes au Sénégal en général et en particulier à Yeumbeul reste à désirer. Le contexte, particulièrement, morose qu’à traversé l’économie sénégalaise depuis la fin des années 1970, ne favorise plus comme par le passé, l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi. En effet, bien qu’il existe très peu d’études récentes sur l’emploi des jeunes dans la région dakaroise, il n’en demeure pas moins que les rares travaux qui existent dans ce domaine, font état des difficultés de plus en plus grandes que rencontreraient les nouvelles générations pour s’insérer dans la vie active (Antoine & al., 1995; Bocquier, 1996). Il faut à cet effet noter des particularités spécifiques aux banlieues dakaroises comme par exemple la commune de Yeumbeul où le phénomène est grandissant. Par ailleurs, les études montrent, également, qu’en limitant les possibilités d’embauche aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, les contraintes qui pèsent sur le secteur moderne entraîneraient un phénomène de repli des jeunes vers certaines activités économiques jugées peu rentables et instables du secteur informel (Antoine & al., 2001). Dés lors, le secteur informel deviendrait, actuellement, pour les jeunes Yeumbeulois, l’expression des nouvelles stratégies d’insertion professionnelle. Cette situation a d’importantes conséquences dans la vie des jeunes. En effet, du fait des difficultés de plus en plus grandes qu’ils rencontrent pour se réaliser personnellement et/ou professionnellement, les jeunes se trouvent de plus en plus contraints de rester plus longtemps dans le domicile familial et se marient de plus en plus tardivement (Galland, 1990).

Ainsi, si les jeunes garçons qui sortent précocement du système scolaire se lancent presque aussitôt dans le monde du travail par l’apprentissage d’un métier dans le secteur informel, les filles, quand à elles, restent de plus en plus longtemps dans la demeure familiale où elles s’occupent des tâches ménagères en attendant un éventuel mariage. Pour les jeunes ayant terminé leurs études, entre la fin de celles-ci et l’entrée dans la vie professionnelle, s’ouvre, de plus en plus, une très longue période de recherche d’emploi, de chômage ou de stage. Dans ce cadre, pour mieux appréhender le vécu des jeunes à la commune de Yeumbeul en particulier, il semble important d’identifier la situation des jeunes par rapport à l’emploi. L’étude dans une telle perspective porterait sur l’analyse des situations d’emploi et la chance d’entrée dans la vie professionnelle, liées aux déterminants socio-économiques du parcours de la vie et à la conjoncture économique traversée.

 

Enjeu du secteur informel sur l’emploi des jeunes à Yeumbeul.

Le secteur informel génère plus de 55% des créations d’emploi à Yeumbeul, où chômage et sous-emploi touchent plus d’un quart de la population, a estimé le Maire de Yeumbeul (MY). Selon monsieur le Maire, « c’est quand les travailleurs, je veux dire les jeunes et adultes, hommes et femmes qualifiées et non, sont incapables de trouver des emplois dans des entreprises formelles qu’ils se réfugient dans le secteur informel ». Travailler dans le secteur informel n’est le choix voulu des acteurs concernés, mais c’est à contre cœur qu’ils s’y livrent. Cette forme de travail ne profite pas concerné car en général, il ne génère pas d’énormes revenus.

Selon le rapport de la BM, 27,5% de la population active sénégalaise se trouve au chômage ou en situation de sous-emploi, ce qui représente 1 million de personnes à travers le pays. Le directeur des opérations de la BM au Sénégal Madani Tall a pour sa part précisé que « l’accès au travail n’est pas une condition suffisante pour échapper à la pauvreté, encore faut-il avoir un +bon travail+ ».

Le constat qui était fait sur les acteurs de l’informel à Yeumbeul en particulier, révélait que plus de la moitié des travailleurs du secteur  ne sont jamais allés à l’école. Il était suggéré au gouvernement sénégalais de mettre l’accent sur la formation afin de multiplier le nombre d’emplois qualifiés et ainsi améliorer la productivité de l’économie sénégalaise. Aujourd’hui, avec la pénurie d’emploi sur le marché sénégalais, ce constat reste caduc dans la mesure où nous constatons que cette forme de marché d’emploi est de plus en plus envahie par de nouveaux acteurs économiques que sont les personnes qualifiées c’est-à-dire  formées.

Il semblerait que : pour être productif, il faut être qualifié. Et plus vous êtes qualifié, plus vous trouverez un bon emploi et facilement, plus vous gagnez d’argent, plus améliorez votre qualité de vie. La situation qui prévaut au Sénégal actuellement ne correspond pas à « l’éducation va de pair avec les besoins des entreprises », car la plupart des personnes qualifiées ne reste pas au Sénégal d’où le fameux concept de « fuite de cerveaux ». Qu’est-ce qui est à l’origine ?

Pourtant la politique nationale de l’emploi au Sénégal (PNES) décrétée par le Président de la république du Sénégal Maître Abdoulaye WADE prévoit un partenariat tripartite entre l’Etat/Secteur privé/Collectivités locales. Cette politique à travers sa littérature s’est fixé des objectifs précis et ambitieux que sont : réduction du chômage, du sous-emploi, de la pauvreté, de l’exclusion et la réduction pour ne pas dire l’éradication des emplois formels. Aujourd’hui, force est de constater cette politique peine à prendre forme car la pression du chômage des jeunes tant aux milieux urbains qu’aux milieux ruraux, le départ à l’immigration dans sa forme actuelle font peur et les dispositifs pour faire face ne sont disponibles ni imaginés par les autorités compétentes.

Cette situation inquiétante domine la population et les réponses probantes et appropriées à celle-ci s’envolent encore dans l’air. Faire croire à la population que l’emploi accroît au Sénégal relèverait d’une utopie. Nous pensons que ces éléments constatés pourront nous permettre de dire que le Sénégal est encore loin d’être un pays en plein emploi dans la mesure où, l’emploi informel continue à se développer, les flux migratoires de plus en plus importants, la famine qui domine les foyers, les aléas climatiques non maîtrisés (inondations par exemple), un tissus social de plus en plus décousu, bref une cohésion sociale inquiétante.

« Les inégalités de naissance ne doivent pas devenir des inégalités de destin ». Cette phrase entendue lors d’une rencontre de terrain au cours de notre rencontre avec quelques jeunes de Yeumbeul, résume l’état d’esprit des acteurs qui dans les quartiers populaires se mobilisent pour apporter des réponses aux difficultés profondes de la jeunesse.

Au cœur de celles-ci, le travail revient comme le point central d’où découlent toute la situation sociale des jeunes et leurs perspectives d’avenir.

De fait, les jeunes de la commune de Yeumbeul sont confrontés à un cumul de difficultés dans l’accès à l’emploi. Le taux de chômage reste, en effet, marqué au Sénégal par des contrastes forts selon les âges et selon les territoires. Les jeunes dans leur ensemble souffrent encore dans notre pays, tout comme les seniors, d’un taux de chômage bien supérieur à celui de la tranche d’âge intermédiaire des actifs. Par ailleurs, la situation de l’emploi dans les quartiers populaires notamment à Yeumbeul, caractérisés par une concentration de difficultés économiques et sociales, est très préoccupante et ce, de façon durable. Au carrefour de ces deux phénomènes, les jeunes des quartiers populaires sont ainsi touchés par une situation d’emploi doublement défavorable, avec un taux de chômage de plus de deux fois supérieur à celui des autres jeunes.

Ce constat global fait coexister des situations bien différentes, tant du point de vue des jeunes que des quartiers.

S’agissant des premiers, à la problématique des jeunes sortis du système éducatif sans diplôme, s’ajoute notamment la situation des jeunes diplômés ou qualifiés, mais exposés massivement à des discriminations dans l’accès à l’emploi. Aux difficultés économiques et aux causes sociales, se greffent ou se mêlent en effet les discriminations liées à l’origine « ethnique », réelle ou supposée, ou au lieu d’habitation. Ce sont ainsi d’une part des difficultés liées à la situation des jeunes eux-mêmes qu’il importe de résoudre, en termes notamment de formation et d’insertion professionnelle, d’autre part des freins à l’emploi dans leur environnement qu’il convient de lever, en particulier sur le plan des discriminations ou encore de l’activité économique dans les quartiers en général et en particulier dans la commune de Yeumbeul.

 

Le développement économique des quartiers populaires à l’image de Yeumbeul et l’emploi pour ses habitants constituent un véritable enjeu de société, au croisement de la politique de la ville et de la politique de l’emploi des jeunes. Ces politiques publiques devraient conjuguer leurs efforts pour créer un véritable et profond changement. Or, force est de constater que, jusqu’à peu, elles restaient centrées chacune sur leur logique sans parvenir à relier les deux problématiques. Plusieurs causes qui induits les conséquences spécifiques expliquent ce phénomène. Parmi, nous en citerons quelques unes.

Les causes et les conséquences du phénomène :

 

Les causes.

 

Elles sont multiples, complexes et se cumulent. Bien que de nombreux rapports et études aient diagnostiqués la situation, le taux de chômage dans ces lieux demeure très largement important chez les jeunes. L’analyse des causes de ce constat apparaît plus complexe et rarement globale.

 

Il semblerait que la situation globale soit le fruit d’une concentration de difficultés qu’il convient d’inventorier si l’on entend pouvoir y répondre de façon adaptée. a cet égard, nous avons repéré entre autres cinq facteurs principaux.

 

Les faiblesses liées à la formation initiale.

Les chiffres relatifs à l’échec scolaire sont révélateurs des difficultés pesant ensuite sur l’accès à l’emploi

Comme le souligne un des acteurs du champ B.W.B., professeur de mathématiques au collège public de Dainmalary, interviewé « la question du capital scolaire et de la formation des jeunes concernés est centrale ».

Les entreprises fondent très largement leurs recrutements sur le diplôme et l’expérience professionnelle. Or, comme l’indique monsieur B.W.B., « le fait de résider dans un quartier populaire a un effet de plus en plus fort sur le niveau scolaire des enfants. Alors que dans le passé, les décrochages et les difficultés liés à l’origine sociale étaient constatés au niveau du collège, puis plus récemment à celui du primaire, ils apparaissent désormais dès le collège, les écarts se creusent ensuite encore en primaire lors des apprentissages fondamentaux ».

S’y ajoute la difficulté liée à l’insuffisance des dispositifs d’orientation. Les jeunes manquent d’accompagnement dans leur choix d’orientation, dès le collège ou à la sortie du lycée. La période de vacances scolaires postérieure au lycée peut d’ailleurs être une rupture préjudiciable si le jeune est laissé à lui-même. Lorsque l’orientation se fait, on observe en outre une inadéquation par rapport aux besoins économiques.

À titre d’exemple, nous avons pu constater que certains baccalauréats professionnels par exemple orientés vers le secrétariat pur ne correspondent plus aux besoins des entreprises. Bien que ce diagnostic soit connu, ces formations perdurent faute d’anticipation approfondie des besoins économiques, de réactivité des acteurs de l’éducation ou de la formation au plan national, ainsi que de l’inadéquation de l’offre de certains organismes de formation.

 

La difficulté à approcher les entreprises

Pour les jeunes issus des quartiers à l’occurrence celui de Yeumbeul, une des difficultés citée de façon récurrente semble être liée aux phénomènes de réseaux.

Parce que leurs parents appartiennent rarement à des catégories socioprofessionnelles élevées, parce que des grandes entreprises ne sont pas nécessairement accessibles sur place, ou encore par méconnaissance des structures existantes, certains jeunes manquent du carnet d’adresses souvent nécessaire, de fait, ne serait-ce que pour l’obtention d’un stage et, a fortiori, d’un emploi. La multiplication de structures associatives visant à favoriser cette mise en réseau est symptomatique.

Les jeunes ont en outre, pour certains d’entre eux, une méconnaissance des codes des entreprises. Les attentes des employeurs lors d’un premier entretien de recrutement ou de l’exercice d’un premier emploi sont ainsi sous-estimées. Là aussi, le développement d’associations visant à effectuer du coaching, -- ou accompagnement -- vers l’emploi (préparation des CV et des entretiens de recrutement y compris d’un point de vue comportemental) prouve l’existence d’un réel besoin, auquel manifestement l’éducation nationale ou l’enseignement supérieur ne préparent pas.

Des jeunes ont en outre des aprioris sur le service public de l’emploi et sur les entreprises, souvent liés à cette méconnaissance de la culture d’entreprise. À l’inverse, les entreprises elles-mêmes remettent assez peu en question leurs pratiques et leurs représentations.

 

Les problèmes liés à la monofonctionnalité des quartiers et à leur environnement.

L’histoire des quartiers populaires est liée, faut-il le rappeler, à celle de l’urbanisation parallèle à l’arrivée de nouvelles populations.

Conçus comme des quartiers d’habitat, ils se caractérisent par cette monofonctionnalité. Parfois éloignés des centres villes ou du moins mal reliés, ces quartiers souffrent d’une absence d’activité économique en leur sein, notamment de commerces et d’un tissu de petites entreprises, auquel s’ajoute le départ d’un certain nombre de services publics.

Plus globalement, l’environnement caractéristique de ces quartiers n’est pas favorable à l’emploi et surtout de l’emploi formel, tant pour les jeunes que pour les entreprises. Les transports publics sont, en effet, souvent inadéquats, comme le montre l’exemple assez caricatural mais réel de l’absence de liaison satisfaisante entre Yeumbeul et la plateforme de des Parcelles Assainies ou encore de Dakar, en dépit d’une proximité immédiate à vol d’oiseau. Non seulement cette mauvaise desserte est préjudiciable à la recherche d’emploi et à la mobilité du côté des jeunes, mais elle n’incite pas, qui plus est, les entreprises à s’installer dans les quartiers en général et celui de Yeumbeul en particulier.

 

Des discriminations massives, liées à l’origine et à l’adresse.

Parmi les difficultés rencontrées par les jeunes dans l’accès à l’emploi, l’existence de discriminations apparaît comme une cause manifeste et persistante.

« Il convient au préalable de rappeler que les discriminations doivent être entendues précisément » acclamait A.B. chômeur à la recherche d’emploi depuis plus d’un an diplômé de l’Université Cheick Anta Diop en Master 1 de lettre moderne.

Les discriminations se différencient notamment du racisme à plusieurs égards, notamment parce que celui-ci repose sur une définition d’ordre moral et intentionnel, alors que les discriminations relèvent d’une définition juridique, basée sur une différence de traitement, et ne sont pas nécessairement déterminées par une intention. On distingue les discriminations directes -- dont l’objet même est de discriminer -- des discriminations indirectes -- qui ont pour effet de discriminer. À titre d’illustration, un agent du service public de l’emploi ou un directeur des ressources humaines dans une entreprise peut avoir une pratique discriminatoire, s’il ne propose pas certaines offres ou certains postes à un candidat en supposant que son profil ne conviendra pas à un recruteur ou à la clientèle, sans pour autant être lui-même raciste.

Si les discriminations peuvent intervenir dans différents domaines, comme la loi le prévoit, avec une actualisation d’ailleurs très récente (appartenance réelle ou supposée à une ethnie, religion, convictions, orientation sexuelle, âge, handicap…), il apparaît que les jeunes des quartiers populaires sont victimes de discriminations massives, liées principalement à l’origine réelle ou supposée, mais aussi à la seule adresse.

De nombreuses études ont été réalisées depuis quelques années sur un sujet dont on peut se féliciter qu’il ne soit plus tabou.

 

Une compétence diluée.

Une dernière cause, plus indirecte mais réelle, des difficultés de l’emploi des jeunes des banlieues semble être liée à la dilution de la compétence autour de cet enjeu. Qui est, en effet, responsable politiquement et institutionnellement de la question ?

De multiples acteurs interviennent : l’État, les agences sous tutelle mais aussi les régions compte tenu de leurs compétences sur l’emploi et la formation, les départements, responsables de l’insertion, les communes et intercommunalités, dans le cadre notamment de la contractualisation de la politique de la ville et en particulier des missions locales.

Pas moins de neuf acteurs sont ainsi directement concernés par l’emploi des jeunes des quartiers, sans compter ni les acteurs du champ de l’éducation, de l’orientation et de l’insertion sociale au sens plus large, ni le secteur des associations qui assument pourtant, de fait, des missions essentielles, en amont et autour de l’emploi.

Cette dilution des responsabilités empêche une véritable stratégie nationale et locale. À titre d’exemple, il existe un Conseil national des missions locales, mais il a plus un rôle de partage de l’information que de définition d’une politique et d’objectifs communs, alors que les missions locales sont censées être au premier plan en termes d’emploi des jeunes.

 

Les conséquences lourdes à deux niveaux :

Des conséquences directes des difficultés d’emploi.

Les jeunes confrontés à ces difficultés d’emploi se trouvent dans une situation difficile.

En premier lieu, ils ne sont pas couverts par l’indemnisation du chômage, n’ayant pas déjà travaillé, ni par le revenu minimum d’insertion, qui ne couvre pas les moins de 25 ans ou plus bref aucun dispositif mis en place pour aider ces jeunes. Si l’on comprend cette situation du point de vue des principes, notamment parce qu’il serait regrettable qu’un jeune « tombe » dans un régime d’assistance dès sa sortie du système scolaire, de fait, il n’existe pas de réponse du point de vue financier.

Les jeunes sont ainsi dans une situation de dépendance forte vis-à-vis de leur famille, les contraignant souvent à ne pas pouvoir décohabiter du foyer familial. Cette situation accentue un cercle vicieux puisqu’elle ne favorise pas le développement de l’autonomie du jeune et son insertion dans la vie sociale. Sans que cette situation corresponde à une généralité, force est de constater que les difficultés d’ordre financier peuvent parfois engendrer certaines formes de délinquance ou d’incitation à l’économie parallèle. Outre les problèmes d’insertion sociale qui y sont liés, la connaissance de délits, via l’existence de données de certains fichiers de police et de gendarmerie, peut ensuite poser des difficultés aux jeunes concernés dans leur recherche d’emploi et même salir leur casier judiciaire qui les suit partout où ils vont et dans toutes activités entreprises.

 

Des conséquences plus globales liées à la perte d’estime de soi

Au-delà de l’emploi et de ses conséquences financières directes, la situation de chômage, de non emploi, de sous-emploi galopante et triste que connaissent ces quartiers conduit à un sentiment d’échec, engendrant des comportements de repli et de rejet. Cette situation est vécue d’autant plus douloureusement qu’elle s’accompagne d’un sentiment d’injustice et de véritable perte d’estime de soi.

Les discriminations font en particulier l’objet d’un fort ressenti par les jeunes. Olivier Noël, sociologue, chercheur-coopérant à l’Institut social et coopératif (ISCRA), s’appuie ainsi sur des enquêtes et études menées en 2005 en Bretagne, Bourgogne et Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour présenter la façon dont les jeunes perçoivent leur situation au regard de leurs difficultés d’insertion sur le marché du travail et des discriminations dont ils peuvent être l’objet. Ainsi, 20 % des jeunes de la commune de Yeumbeul interrogés par téléphone dans le cadre de la réalisation de cette étude considèrent avoir été victimes d’une discrimination en matière d’emploi, principalement par rapport à leur adresse. Les jeunes de ce quartier, ne sont vus que comme auteurs d’insécurité alors qu’ils sont également victimes d’autres insécurités (emploi, vieillesse, maladies etc… En effet, à l’insécurité sociale qu’entraînent les critères d’embauche légitimes que sont la qualification et les compétences, s’ajoute une insécurité sociale résultant des pratiques de discriminations. Le sentiment qui en découle conditionne fortement l’attitude des jeunes dans leur démarche de recherche (ou non) d’emploi.

Le vécu réel des discriminations, auquel s’ajoute un sentiment démultiplié de discriminations, sont indéniablement des causes essentielles dans l’explication des tensions sociales dans les quartiers notamment dans le quartier de Yeumbeul. C’est même l’idée du modèle républicain et du principe d’égalité qui sont ainsi mis en cause et considérés comme des principes revendiqués par les acteurs institutionnels, dont la réalité est bien éloignée pour les populations des quartiers.

A contrario, on peut noter un effet d’entraînement très positif des réussites par le sport, la culture musicale, chorégraphie, initiatives associatives etc….  lorsqu’elles se réalisent dans les quartiers.

Au total, le nous considérons que cette situation est inacceptable et nécessite une prise de conscience urgente, accompagnée de propositions concrètes.

 

Quelques recommandations :

Le travail est un vecteur décisif d’avenir pour la jeunesse. Fort du constat ainsi établi, nous émettons une série de recommandations en tentant de n’occulter ni aucune des causes ni aucune des facettes du phénomène. L’économie et la société sénégalaise ne peuvent se passer de la richesse représentée par la jeunesse des banlieues. Si des propositions concrètes et précises nous semblent indispensables, elles doivent toutefois s’appuyer sur un postulat clairement énoncé et partagé. Il s’agit en effet au préalable d’affirmer un certain nombre d’idées à même de changer l’état d’esprit prévalant sur cette question.

 

La prise de conscience nationale doit se renforcer

L’existence d’un taux de chômage élevé frappant les jeunes des quartiers est connue de tous. Ses conséquences en termes de tensions sociales parfois explosives et la diversité des causes qui y sont liées sont également présentes aujourd’hui dans le débat public.

Il a malheureusement fallu que des événements se produisent, accompagnés de violences parfois et d’une forte médiatisation, pour que la société dans son ensemble prenne conscience de la réalité d’une détresse sociale, qui ne peut être comprise sans y intégrer l’absence d’emploi ou de perspective d’emploi et le sentiment de rejet conséquent.

Nous considérons que cette prise de conscience nationale doit aujourd’hui se renforcer. À cet égard, nous avons estimé qu’un véritable investissement national, devait être élevé au rang de grande cause nationale. Dans le même sens, nous appelons ici à ce que l’investissement des pouvoirs publics et de l’ensemble des acteurs soit sans relâche sur l’emploi des jeunes, et en particulier ceux des quartiers populaires à l’occurrence celui de Yeumbeul. Le coût de l’inaction est, en effet, dans le cas présent, particulièrement élevé. Le défaut d’investissement en termes de politiques publiques, notamment éducatives, mis au démarrage de la vie active a, faut-il le rappeler, des conséquences sur toute la suite du parcours professionnel et donc personnel. Cela suppose une mobilisation réelle des moyens alloués à une telle fin.

Un changement des représentations est nécessaire.

La prise de conscience nationale sur l’importance du problème doit s’accompagner d’un changement des représentations à tous les niveaux, dans la société,  globalement de la part des entreprises et des services publics, et enfin de la part des jeunes eux-mêmes.

Au niveau de la société sénégalaise dans son ensemble, la notion de discriminations doit impérativement être mieux comprise afin de ne pas se cantonner à un discours moralisateur et ressenti comme culpabilisant, souvent inefficace, pour aller vers la reconnaissance du refus de différences de traitement non fondées sur des critères objectifs, et en cela interdites par la loi. Par ailleurs, nous estimons nécessaire de pointer un certain nombre d’idées reçues qu’il convient de faire évoluer pour trouver les réponses adaptées à la réalité de cette jeunesse et de ses difficultés d’accès à l’emploi. Ainsi, nous rappelons avec force, que les jeunes des quartiers dans leur immense majorité veulent travailler et ne se satisfont pas d’une situation d’exclusion professionnelle. Il apparaît en outre nécessaire de distinguer, d’une part, les politiques d’insertion qui concernent les situations d’exclusion et les personnes les plus écartées de l’emploi, d’autre part, la question de l’emploi des jeunes des quartiers au Sénégal qui, loin de ne concerner que des jeunes confrontés à d’importantes difficultés sociales, recouvrent des situations très contrastées au regard de l’accès à l’emploi, liées notamment à leur environnement et aux discriminations subies. Enfin, les jeunes des quartiers ont, comme tous les jeunes, des ambitions quant à leur avenir professionnel, social, personnel. Les réussites qui existent dans les quartiers, et ne sont pas exceptionnelles, ont d’ailleurs une valeur d’exemple particulièrement forte et sont vecteurs d’émulation. Elles contribuent en outre à valoriser le travail par rapport à l’économie parallèle, au-delà de l’aspect financier, en termes d’insertion sociale.

Tant les entreprises existantes que les services publics doivent procéder à un examen critique de leurs modalités de gestion et de recrutement, de leurs représentations et trop souvent leurs préjugés et stéréotypes. Si les entreprises ont des exigences légitimes notamment du point de vue comportemental, elles doivent en revanche questionner sans cesse la pertinence de leurs modes de gestion des ressources humaines. Un certain nombre d’entre elles ont compris l’importance de ne pas se priver de salariés pouvant répondre à leurs exigences professionnelles du fait d’a priori sur leurs origines géographiques, ethniques ou sociales. La nécessité de rationaliser le recrutement en tenant compte exclusivement de la capacité d’un jeune à répondre ou non aux attentes de l’entreprise est à même d’enrichir les recrutements et donc la performance. C’est par conséquent une question de raisonnement économique qui s’impose. D’autres entreprises sont soucieuses à juste titre d’avoir une population salariée qui soit à l’image de la société et de sa diversité.

Enfin, les jeunes eux-mêmes, lorsqu’ils ont été confrontés à un premier échec direct ou ont eu à connaître celui d’un parent ou d’un ami, entretiennent rapidement une image assez négative des acteurs de l’emploi, du monde de l’entreprise à celui du service public de l’emploi. Il est pourtant essentiel qu’ils sachent aussi dépasser une approche globalisante, afin notamment de comprendre certains « codes » légitimes des entreprises liés à leurs exigences du point de vue comportemental en particulier. Par ailleurs, certains jeunes entretiennent des représentations négatives sur certains métiers qu’ils considèrent comme dévalorisants en les associant parfois au vécu de leurs parents. C’est le cas notamment du secteur du bâtiment, dont les responsables sont d’ailleurs conscients de la nécessité de modifier l’image de ses métiers afin d’attirer des jeunes.

 

Des pistes concrètes pour activer la chaine de l’emploi.

Pour nous, il importe de travailler sur chaque aspect de la chaîne de l’emploi pour contrer ce qui apparaît comme une spirale par laquelle, dès la scolarité, le jeune d’une banlieue semble être engagé sur une voie risquant de le conduire au chômage et à être victime de discrimination. Il convient de faire en sorte d’optimiser les chances de réussite à chacune des étapes et d’agir sur toutes les composantes favorisant l’accès à l’emploi.

Des dispositifs existent, de nombreuses initiatives sont mises en place. Il ne s’agit pas de réinventer une nouvelle politique spécifique, mais de rechercher les moyens de renforcer les différents aspects de l’existant et de les mettre en cohérence.

 

En amont, préparer et accompagner les jeunes des banlieues vers l’emploi.

Les difficultés d’accès à l’emploi des jeunes des quartiers de Dakar par exemple Yeumbeul rejoignent pour nombre d’entre elles celles observées pour l’ensemble des jeunes de notre pays dont, faut-il une fois encore le rappeler, plus de la moitié de la population jeune (15 à 25 ans) sortent du système éducatif sans diplôme. Même si la situation particulière des quartiers populaires appelle de toute évidence des réponses plus spécifiques, les questions de la formation initiale et de la lutte contre l’échec scolaire, tout comme celles de l’orientation et de l’accompagnement vers l’emploi nécessitent globalement des efforts conséquents pour l’ensemble de la jeunesse du Sénégal, que de nombreux travaux et mémoires de stages de fin d’études, de mémoires de recherche etc., ont déjà soulignés.

Les propositions que nous formulons au travers de ces divers avis restent toujours pertinentes, même si elles doivent être précisées ou complétées pour répondre de manière plus spécifique à la situation des jeunes des banlieues dakaroises, en particulier la banlieue Yeumbeuloise.

 

Faire de l’orientation un enjeu majeur

La question de l’orientation nous apparaît centrale tant pour le choix des filières qu’en ce qu’elle prédispose aux possibilités d’accès au marché du travail. Il ne s’agit pas de nier les aspirations des jeunes quant à leurs souhaits futurs mais de leur permettre de réfléchir sur leur avenir et de le préparer dans les meilleures conditions.

 

ü  Créer un service public de l’orientation au niveau local

Les jeunes des quartiers populaires se trouvent relativement démunis de moyens leur permettant de s’informer sur les réalités du monde du travail dont ils ont, en outre, souvent une vision déformée. Ce manque d’information des élèves, mais aussi des familles, contribue à perpétuer les inégalités sociales.

ü  Des informations sur les filières existantes, les métiers et leurs débouchés,

en revalorisant l’enseignement professionnel et les métiers manuels qui souffrent d’une image négative, doivent être dispensées aux jeunes dès le collège et à chaque étape du cursus scolaire. Les formations en alternance, qui représentent un mode privilégié d’acquisition de diplômes opérationnels, doivent également être valorisées aux yeux des jeunes et de leur entourage et être davantage mobilisées. Le parcours de découverte des métiers et des formations devraient être expérimentés dans les collèges.

 

Accompagner les jeunes vers l’emploi.

Pour les jeunes, l’entrée dans la vie active se heurte à nombre de difficultés liées entre autres à la méconnaissance du marché du travail et du monde de l’entreprise. Le passage de la fin de la scolarité ou des études à l’accès à l’emploi, en passant par la recherche d’emploi, doit par conséquent être facilité par un accompagnement des jeunes, et en particulier ceux des quartiers populaires qui, plus que d’autres, se retrouvent dans les méandres conduisant au premier emploi.

Assurer la transition vers le marché de l’emploi dès la fin de la période scolaire

Un très grand nombre de jeunes sortent du système scolaire précocement et sans aucun diplôme ni qualification. Ce constat doit être rapproché du fait que seule la moitié environ des jeunes des quartiers populaires, en recherche d’emploi, sont connus des structures du service public de l’emploi qui peuvent les aider à entrer dans la vie active. En raison de représentations négatives, ils peuvent imaginer qu’ils n’auront pas l’écoute qu’ils attendent et seront confrontés à une remise en question de ce qu’ils sont. De ce fait, ils peuvent s’inscrire dans une démarche d’évitement qui les conduirait à une méconnaissance de la culture de l’entreprise et de la stratégie à adopter pour trouver un emploi. Les dispositifs existants, notamment ceux mis en œuvre par l’Éducation nationale au titre de sa mission générale d’insertion, n’apparaissent pas suffisants pour assurer la connexion entre le système scolaire et les acteurs du service public de l’emploi. Or, le moment où le jeune n’est plus scolarisé peut devenir un moment critique, si cette période dépasse quelques semaines. Une trop longue période d’inactivité à la sortie du système scolaire risque d’installer le jeune dans une démarche défavorable à la dynamique de recherche d’emploi.

Nous considérons qu’il faut réfléchir aux moyens d’assurer véritablement ce lien et de favoriser les contacts en allant au devant des jeunes. Cette nécessité est d’autant plus forte en cas de déscolarisation. Si de nombreuses associations œuvrent en ce domaine, il revient aux pouvoirs publics, et en premier lieu à l’Éducation nationale, de mettre en place une procédure permettant une prise en charge quasi automatique des jeunes et le plus en amont possible avant la fin de la scolarité. Il est essentiel d’éviter autant que faire se peut l’absence de repères en termes d’orientation ou les échecs scolaires et de les prévenir de façon à ce que les jeunes ne soient pas en déshérence au moment de cette rupture.

 

Offrir un véritable accompagnement individualisé au jeune pour son entrée sur le marché du travail

Cette démarche doit être poursuivie par un accompagnement du jeune lui permettant d’acquérir une connaissance minimale du marché du travail et des techniques de recherche d’emploi. De nombreux acteurs du service public de l’emploi, au premier rang desquels les missions locales si elles existent, des opérateurs privés également mais aussi des associations, devraient mettre en place des ateliers de conseils et d’accompagnement dans la recherche d’emploi (élaboration d’un CV et de lettres de candidatures ou encore lettres de motivation, préparation à un entretien, construction d’un projet professionnel).

 

Transformer des modalités de recrutement.

Une fois prises en compte les possibilités d’améliorer la formation et la préparation des jeunes à l’emploi, il convient également de regarder les freins existant du côté des recruteurs, tant privés que publics. Le recours à des modalités de recrutement sortant du modèle classique est de nature à y répondre, dans les entreprises et dans le secteur public.

 

Dans les entreprises.

Dans les entreprises (quelque soit leur nature et leur taille), un certain nombre d’initiatives existent d’ores et déjà mais restent insuffisamment connues et mutualisées. À cet égard, nous émettons les propositions suivantes : diversifier les modalités de recrutement

Nous pensons qu’il serait judicieux de faire évoluer le modèle type du recrutement qui repose actuellement sur la seule forme classique de la lettre de motivation accompagnée du CV préalable à l’entretien de recrutement. Cette méthode apparaît inadaptée pour un certain nombre d’emplois, peut favoriser la discrimination en mettant en avant des données qui ne sont en réalité pas essentielles pour l’adéquation avec un emploi, telles que l’adresse ou les loisirs, et ne permet pas de recruter prioritairement en fonction d’un potentiel repéré. La diversification des modalités de recrutement, tenant compte notamment du secteur et du type d’emploi, est à développer afin de favoriser l’embauche de profils plus diversifiés.

Si nous sommes favorables à une diversification des recrutements pour encourager la diversité des profils retenus, elle est en revanche plus réservée sur le CV anonyme c’est-à-dire le CV sans nom et adresse mais avec le numéro de téléphone et/ou le mail. Si nous reconnaissons que la motivation qui y préside est louable et qu’il peut avoir des effets positifs, le CV anonyme pose néanmoins une question de principe. En effet, en gommant le nom, l’adresse et donc l’identité d’une personne, il valide implicitement l’idée qu’il serait vain de se battre contre les discriminations liées au nom et adresse, donc à l’origine. Il constitue à la fois un aveu de renoncement dans la lutte contre les discriminations et une violence faite aux personnes concernées.

 

Améliorer l’environnement global de l’emploi.

Favoriser l’emploi des jeunes des quartiers populaires au Sénégal suppose de rechercher les moyens d’optimiser l’environnement économique et le dynamisme des entreprises tout autant que de faciliter la recherche d’emploi des jeunes et leur mobilité en agissant sur les divers freins à cette démarche.

Développer l’activité économique et favoriser la revitalisation des quartiers.

La question de l’emploi des jeunes des quartiers de Dakar en général et en particulier le quartier de Yeumbeul  ne peut faire abstraction de celle plus large de l’environnement économique, qu’il s’agisse du tissu d’entreprises existant ou à venir au sein des quartiers mêmes, mais aussi, au delà de ces territoires, dans le cadre d’une vision d’ensemble propre à réinscrire les quartiers dans la ville. Nous souhaitons encourager l’emploi des jeunes des quartiers, hors et dans les quartiers.

Afin de développer l’activité économique et l’emploi dans les quartiers situés dans des quartiers qu’on pourrait ici nommés des zones sensibles ou défavorisées, la loi devrait permettre aux entreprises qui s’implantent dans ces zones de bénéficier d’exonérations fiscales et sociales, dont le maintien est lié au respect par l’employeur d’une proportion minimale de salariés résidant dans ces quartiers.

 

Les chantiers mis en place dans le cadre des programmes de rénovation urbaine subventionnés devraient sans doute réserver un minimum d’heures travaillées et d’emplois aux habitants des quartiers. Cette clause d’insertion professionnelle pourrait être étendue à d’autres opérations dans le cahier des charges des marchés publics que passent les collectivités territoriales et l’État avec des entreprises.

Il convient de promouvoir ces opportunités d’emploi en agissant dans une double direction.

En premier lieu, il importe de sensibiliser davantage les jeunes à l’intérêt des emplois considérés. Le collège, le lycée, les CIO, les académies, les rencontres avec des acteurs du service public de l’emploi, sont autant d’occasion de les informer sur ces métiers et les formations correspondantes. L’apprentissage et les contrats de professionnalisation apparaissent comme des voies privilégiées pour permettre aux jeunes d’acquérir une qualification et doivent être véritablement revalorisés.

 

Par ailleurs, les branches professionnelles et les structures territoriales patronales ont également un rôle à jouer par le biais de campagnes d’information ou de participation à des forums des métiers ainsi que sur l’attractivité des métiers considérés au travers des conditions de travail et de rémunérations. Des initiatives existent en ce domaine, tant de la part de structures tels le mouvement entreprises du Sénégal (MEDS) mouvement, la semaine de l’exposition au CICES etc. il faut également souligner l’enjeu majeur de l’emploi dans les très petites entreprises et l’artisanat

Les TPE et les entreprises artisanales constituent un vivier d’emplois important. Elles représentent en même temps un atout certain du fait de la relation de proximité entre l’employeur et le salarié, qui permet d’aider et de suivre un jeune dans son insertion professionnelle. Cela est particulièrement souhaitable et appréciable pour certains jeunes et même parents de ces  quartiers interrogés ayant besoin de davantage d’accompagnement et de repères.

Il convient d’organiser, de moderniser et de redynamiser les très petites entreprises (TPE) et des entreprises artisanales et de sensibiliser plus largement les employeurs du secteur à l’intérêt de diversifier leurs recrutements et de ne pas se priver du potentiel de ces jeunes, souvent accru par un besoin de réussite et de reconnaissance. Au-delà de l’aspect insertion dans l’entreprise, il faut aussi faciliter l’auto-emploi et donc la création d’entreprise.

 

Faciliter la création d’entreprises de façon pérenne

La création d’entreprise constitue une des démarches intéressantes au regard de la lutte contre le chômage. Toutefois, elle est par nature complexe et risquée. Cette difficulté est accrue pour les jeunes qui n’ont pas encore d’expérience du monde du travail et de surcroît pour les jeunes des quartiers populaires en raison de difficultés liées à leur environnement.

Au-delà de la phase de création, les moyens doivent être trouvés de pérenniser l’activité créée. C’est pourquoi il importe d’aborder les projets des jeunes avec prudence et de ne pas créer d’illusions sur les difficultés et les risques d’échec dont les effets peuvent être désastreux compte tenu à la fois de l’investissement personnel et des conséquences financières.

 

Une aide à l’élaboration du projet, s’appuyant sur des actions de formation adaptées et un accompagnement renforcé des jeunes des quartiers à toutes les étapes de la création, est d’autant plus indispensable que la plupart d’entre eux ont peu de références du monde entrepreneurial dans leur entourage les aidant à mieux en comprendre les rouages et à trouver les financements nécessaires.

Nous considérons, en outre, que cet accompagnement doit s’inscrire dans la durée afin d’assurer les conditions de survie de l’entreprise.

La question des financements, et donc de l’accès aux prêts bancaires, mérite à cet égard d’être soulevée, notamment au travers d’une défiance à l’égard des jeunes des quartiers. Or, la qualité des financements de démarrage de l’activité est un gage de pérennité de l’entreprise. Le projet des pouvoirs publics de confier à la Caisse des Dépôts par exemple l’attribution de prêts à taux zéro pourrait sembler de nature à répondre en partie à cette difficulté. Il conviendra toutefois de s’assurer des effets de cette mesure destinée à jouer un effet de levier vis-à-vis de l’accès au crédit bancaire qui devrait être plus largement accordé. Il apparaît également souhaitable de développer et soutenir les initiatives en matière de microcrédits.

 

Faciliter la recherche d’emploi et la mobilité des jeunes.

L’amélioration de l’environnement de l’emploi implique plus largement le maintien ou l’implantation de services publics et de commerces au sein même des quartiers, dans un souci de dynamisme, de vitalité économique et de cohésion sociale. Nous estimons à travers cette étude en particulier souhaitable que les habitants desdites quartiers populaires, défavorisés puissent bénéficier d’un service de proximité en matière de recherche d’emploi. En effet, il semble important d’aller au devant des personnes qui se trouvent les plus éloignées de l’emploi et des possibilités d’information et d’accompagnement dans leurs démarches.

L’accès à l’emploi des jeunes de ces espaces suppose d’agir également sur un certain nombre d’aspects périphériques au monde du travail, dont l’importance de ne peut être négligée. Les efforts déployés pour l’accès à l’emploi ou à la formation ne peuvent trouver pleinement leurs effets qu’au travers d’une approche globale intégrant en particulier les questions du transport mais aussi les problématiques de santé, ou encore des conditions spécifiques d’accès à certains emplois liés à la sécurité.

Ce souci de promotion de la mobilité des jeunes doit aussi s’envisager comme un moyen de faciliter l’émancipation de certains jeunes de leur milieu familial, en particulier pour les jeunes femmes.

 

Développer l’autonomie en matière de transports.

Le déficit de mobilité constitue un frein important à l’emploi pour les jeunes, en particulier lorsqu’ils vivent dans des quartiers populaires, ceux-ci étant souvent excentrés et mal desservis par les transports publics. L’enclavement contribue à renforcer la fracture entre lesdites zones urbaines défavorisées (ZUD) et le reste de la ville, et explique que certains quartiers soient peu attractifs pour l’implantation d’entreprises ou de commerces.

 

Il incombe aux pouvoirs publics d’intensifier leurs efforts et leurs investissements pour développer les transports publics dans les quartiers populaires et permettre ainsi à leurs habitants une mobilité ouvrant des perspectives, notamment en termes d’accès à l’emploi.

 

Conclusion :                           

Pour conclure, nous affirmons que la liste des principales mesures en faveur de l’emploi des jeunes est longue. Déployée vers tous les publics, on pourrait imaginer qu’elle est suffisante et fait face correctement aux besoins d’insertion professionnelle. Tel n’est pas le cas. La crise accentue la fragilité de l’emploi des jeunes. Le gouvernement a-t-il pris la mesure de l’ampleur du problème ?

L’objectif de réduction progressive des écarts constatés avec les autres villes ou quartiers et de « retour au droit commun », qui justifie la mise en place d’une politique territorialisée spécifique, devrait être prédominant dans les différents dispositifs. Cela suppose que la détermination des territoires prioritaires repose sur des critères précis et que les mesures qui les concernent aient des objectifs concrets et soient limitées dans le temps ». « L’impact de cette crise n’est pas négligeable sur l’emploi des jeunes, les effets sont amplifiés par rapport à ce qu’ils étaient en 1980-1984 ou 1993 et les conséquences sont nombreuses » a noté madame N.M.G. étudiante en cinquième année d’Expertise, Ingénierie Direction d’organisations (EIDO) Université Paris 12 Créteil. Le développement de l’emploi local et le ralentissement de l’exode rural, en réduisant le taux de sous-emploi grâce à la multiplication des opportunités d’occupation en milieu rural et urbain (les banlieues) pourrait être une des solutions pour lutter contre le dysfonctionnement social et économique. L’amélioration de l’employabilité d’une main-d’œuvre en constante augmentation et de la qualité de l’emploi, en sont d’autres.

Un appui plus conséquent aux initiatives de développement de l’emploi local et rural, une adaptation plus forte du système de formation aux besoins d’emploi, par une professionnalisation accrue de la formation, une meilleure organisation de l’apprentissage et des formations ; l’amélioration de l’efficacité du contenu en emploi des politiques nationales par le renforcement des politiques incitatives, l’amélioration de la productivité dans les entreprises et la nécessité de favoriser l’emploi dans les choix techniques ; la promotion de l’auto emploi et la correction des discriminations dans l’accès à l’emploi à l’égard des groupes cibles défavorisés sur le marché du travail ; le renforcement et le développement du système d’information sur le marché du travail, à partir d’outils conceptuels et méthodologiques performants unifiés et orientés vers la gestion prospective de l’emploi ; la rationalisation, la coordination et la dynamisation des divers autres types d’interventions directement ou indirectement orientées sur la promotion de l’emploi ; le développement de la communication sociale avec les différents acteurs du marché du travail, la mise en place d’un nouveau dispositif institutionnel participatif fondé sur des structures publiques de l’Emploi fortes, souples et décentralisées ainsi que sur des cadres de coopération efficaces pourraient contribuer efficacement à la réduction voir l’éradication des inégalités d’accès à l’emploi des jeunes des banlieues et notamment ceux de Yeumbeul..

La crise de l’emploi, consécutive à la crise financière, nécessite de la part des gouvernements, mais aussi des organisations d’employeurs et de travailleurs des actions concertées dans le cadre d’un dialogue social, a affirmé le ministre d’Etat, ministre de la Fonction publique, de l’Emploi et des Organisations professionnelles. De telles mesures devraient permettre de « maintenir, malgré les difficultés, le cap en matière de création d’emplois décents et en quantité suffisante », a souligné Habib Sy qui procédait, lundi à Dakar, à l’ouverture de la 7ème session du Comité national de dialogue social (CNDS) axé sur le thème « Le dialogue social face à la crise socio-économique actuelle ».

 

 

 

 

 

Références bibliographiques :

  • Alternatives économiques, De l’école à l’emploi, hors série pratique n° 17, janvier 2005
  • André Pierre, Un nouveau pacte de solidarité pour les quartiers, Les rapports du Sénat, n° 49, 2006-2007
  • Bureau international du travail, rapport sur L’égalité au travail : relever les défis, conférence internationale du travail, 96ème session, 2007
  • Damon Julien, Grenelle de l’insertion, rapport général, 2008
  • Fauroux Roger, La lutte contre les discriminations ethniques dans le domaine de l’emploi, juillet 2005
  • Fitoussi Jean-Paul, Laurent Eloi et Maurice Joël, Ségrégation urbaine et intégration sociale, rapport, Conseil d’analyse économique, La Documentation française, 2004
  • Lefresne Florence, Les jeunes non qualifiés, Problèmes politiques et sociaux, n° 915, août 2005 Le Gall Gérard, Réunifier et réconcilier la ville -- Constat et propositions, avis et rapport du CES, brochure n° 1, 9 janvier 2008
  • Loncle Patricia, Les jeunes, questions de société, question de politique, La documentation française, Paris, 2007
  • Moudileno Sabine, Prévenir et déjouer la discrimination professionnelle, Les éditions Demos, 2008
  • Observatoire national des zones urbaines sensibles, Rapport 2007, Rapport 2006
  • Walter Jean-Louis, L’insertion professionnelle des jeunes issus de l’enseignement supérieur, avis et rapport du CES, brochure n° 12, 6 juillet 2006

 

Par Maro Malamine

Consultant-Expertise-Ingénierie-Direction des Organisations

Chargé de Projet à l’Assemblée Permanente des Chambres de

Métiers et de l’Artisanat : APCMA -- Paris France

12, Avenue Marceau 75008 Paris

Tél : +33 6 21 59 80 52

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E-mails : marolamine@hotmail.fr

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Blog :     www.sophiemarena.unblog.fr

 

 

 

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Rapports Nord/Sud tronqués par les intérêts économiques et financiers du Nord.

Le développement  est une notion ambiguë : jusque dans les années 60, il était réservé aux pays pauvres. Dans les pays riches, on préférait parler de croissance ! Cette notion a souvent masqué une vision eurocentrisme, économiciste  et évolutionniste de l’histoire des sociétés occidentales qui repose sur l’idée d’une croissance illimitée. Sans aucune perspective de durabilité (dans les domaines de l’environnement, de culture, de justice sociale, de droits de l’homme et démocratie), le mythe de la croissance s’est déconnecté, pour ne pas dire opposé, au concept de développement humain. 

Traduction dans les actes du modèle de développement imposé par le Nord, la coopération est surdéterminée par des rapports de force économiques et culturels. Sur le plan économique d’abord, les pays industrialisés, détenteurs des  capitaux, sont les maîtres du jeu. La réalité des règles fixées par le FMI (Fond Mondial International) et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) limitent les capacités d’une grande majorité des Etats du Sud à mettre en place des politiques économiques nationales adaptées aux besoins des populations. Ces  instances mondiales, au pouvoir coercitif, se sont éloignées de leur mission régulatrice originelle : leur politique d’aide s’est soldée par une dépendance et un endettement durables  des pays qu’elles disaient vouloir aider ! Selon les estimations du PNUD, le protectionnisme des pays riches fait perdre aux pays en développement un revenu égal à 100 milliards de dollars par an sur les produits agricoles auxquels il faut ajouter 50 milliards supplémentaires sur les textiles. 

Quant à l’aide financière il y a, les logiques mercantiles qui demeurent. Si bien que l’investissement monétaire n’est pas  adapté aux besoins des pays destinataires, mais  souvent aux intérêts des pays donateurs.  Ainsi l’ « aide  liée » est,  par exemple,  conditionnée à l’achat de biens d’équipement dans le pays donateur. Sur le plan culturel, la spécificité des contextes culturels des pays destinataires a été trop souvent minorée. Les filtres culturels des pays donateurs, en gênant leur appréhension de la réalité d’Autrui, sont à l’origine de l’échec des projets. 

Qu’est-ce que donc le co-développement ? 

Notion récente, la définition du co-développement doit être approfondie. Néanmoins, l’apparition de ce terme relève d’une tentative de rupture dans la pratique des relations internationales. 

En favorisant une coopération économique bilatérale et multilatérale, le co-développement est un des moyens d’augmenter la richesse (monétaire ou non) des pays pauvres. Il implique une vision « ouverte » du développement défini comme l’aptitude d’une collectivité à répondre à ses besoins fondamentaux. Il est, alors, à l’origine d’une vision rénovée (révision des concepts, moyens et modalités) de la politique de coopération et de l’aide. 

Tout en satisfaisant à la logique de développement durable, son enjeu est d’inventer un autre mode de développement qui ne soit pas calqué sur celui de l’Occident. Dans sa substance, le concept de co-développement reconnaît que le développement économique est surdéterminé par des logiques culturelles et atteste qu’il est impossible de séparer développement et culture. Ne se limitant pas à un échange de savoir et de techniques, le co-développement provoque la lente interpénétration de cultures et de représentations du monde : chaque pays devrait être libre de choisir et d’élaborer la forme spécifique de son propre développement. 

Le co-développement, alternative à la migration ? 

Les pressions qui poussent les populations à émigrer vers d’autres pays sont de plus en plus fortes et risquent de s’intensifier dans les prochaines décennies. Les principales origines à cela, identifiées par le PNUD, sont la croissance démographique; l’amélioration des compétences des populations du Sud ; les possibilités professionnelles insuffisantes dans les pays de départ ; la migration de l’argent. Les pays industrialisés comptent déjà 14 millions de réfugiés et leurs rangs augmentent. Contrairement à nos représentations sur la migration, les mouvements migratoires Sud/Sud sont beaucoup plus importants que Sud/Nord, cela par la facile mobilité interne du continent. 

Les décideurs politiques ont, pendant longtemps, pensé que la migration était avant tout une réponse à des différences importantes de revenu. C’est oublier que l’ouverture aux échanges et aux capitaux, qui augmente le revenu et le bien–être, va de pair avec les migrations, particulièrement à court terme. L’impact du co-développement ne peut alors se faire sentir que sur le long terme : améliorant le niveau de vie, il rend l’immigration moins avantageuse.
Le co-développement doit donc être alors dissocié de l’obsession de la maîtrise des flux migratoires et de celle du retour. 

6. Les migrants représentent une richesse tant pour les pays d’accueil que pour les pays d’origine. Il convient de reconnaître et soutenir l’action d’organisations de migrants, et le cas échéant, de favoriser la création et l’implication de ce type d’associations dans la mise en œuvre de projets de ‘développement’. Créer des liens juridiques avec les pays d’origine pour dynamiser leur rôle dans la mise en place de politiques d’insertion ou de réinsertion dans les pays d’accueil et les pays d’origine. Ces associations devraient également se voir reconnaître un rôle majeur comme relais de politiques d’échanges interculturels. 

Solutions de remédiation 

À notre avis, les solutions de remédiation semblent être : 

·         S’engager dans des projets concrets d’appui aux pays en « développement » selon les engagements pris lors des sommets de l’ONU, à travers la mise en œuvre de programmes spécifiques de coopération en vue d’appuyer les initiatives/projets d’intégration économique régionale ou sous-régionale visant à favoriser des changements démocratiques, dans le respect de l’indépendance et la souveraineté des pays partenaires, ces programmes, se doivent d’impliquer davantage la société civile dans la formulation de leurs objectifs et l’élaboration des moyens pour les atteindre. 

·         Encourager le transfert de compétence, la modernisation, et la restructuration des relations et des rôles des acteurs sociaux des pays en voie de développement sous forme de micro projets qui doivent être mis en œuvre à l’échelle géographique où ils sont gérés. 

·         Renforcer le rôle de la société civile et la mise en œuvre de mécanismes de concertation (ONG, représentants des secteurs économiques, associations de migrants…) sur son territoire comme dans les pays partenaires afin d’accroître la transparence et de renforcer la notion de responsabilité. 

 

 

Par Maro Malamine 

Sociologue-Consultant 

Ingénierie de Formation 

APCM -- Paris -- France 

 

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ÉCONOMIE ET POPULATION :LE CAS DU SENEGAL

La relation ressources/population au Sénégal peut être posée dans les termes suivants : 

 

*                     la majeure partie de la population vit de l’agriculture, principalement de l’arachide. Or, la population augmente (cf. statistiques nationales), la production agricole stagne (exception faite année 2008/2009 avec la politique gouvernementale : la GOANA, le revenu paysan diminue par suite de la détermination des « termes de l’échange » (1), 

*                     la population urbaine augmente rapidement, surtout à Dakar et dans les régions du Cap-Vert (cf. Statistiques nationales sur les densités de populations dans les espaces urbains) ; mais la croissance urbaine est beaucoup plus forte que la progression des offres d’emplois tertiaires et secondaires. 

 

La conséquence de cet état de choses est l’accroissement de la population improductive. 

Ce bilan peu favorable correspond à une analyse de courte et moyenne période. Dans une perspective à long terme, on observera que le Sénégal n’a pas achevé la mise en valeur de son potentie1 agricole, notamment dans les régions du Fleuve et de la Casamance, où l’écologie est sensiblement plus favorable que dans le bassin arachidier. 

Pour conjurer la crise agricole, deux types d’intervention complémentaires sont mis en œuvre, qui figure parmi les priorités des plans de développement sénégalais : 

 

*                     L’amélioration des rendements agricoles dans les terroirs saturés du vieux bassin arachidier : à cet effet, le gouvernement sénégalais a mis sur pied, dès 1964, un programme de développement accéléré de la productivité arachidière. La SATEC (Société d’Aide Technique et de Coopération) aujourd’hui relayée par la SODEVA (Société de Développement et de Vulgarisation Agricole), chargée de l’exécution du programme, a engagé une vaste action de vulgarisation : l’objectif était l’amélioration du revenu paysan et les principaux moyens d’action consistaient à diffuser des thèmes techniques simples et à fournir aux cultivateurs l’outillage et les produits modernes adaptés à ces thèmes. Aujourd’hui en 2008/2009, Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal a lance un vaste programme agricole appelé la « GOANA (Grande Offensive Agricole pour l’Autosuffisance Alimentaire) qui a pour objectif me semble t-il de lutter contre la faim et la dépendance alimentaire. ce programme, faut-il le rappeler à-t-il atteint ses objectifs ? 

 

LE SOUS-EMPLOI: MESURES ET EFFESTS : 

 

Ø     Evaluation du nombre des chômeurs urbains : le Service de la Main-d’œuvre établit régulièrement les statistiques des demandes d’emploi non satisfaites (cf. statistiques sur l’emploi). Il faudrait cependant compléter ces renseignements par des enquêtes directes, car de nombreux chômeurs cherchent du travail par relations personnelles. Parallèlement, il serait nécessaire d’analyser les secteurs pour lesquels les offres d’emploi ne sont pas satisfaites à cause du manque d’instruction ou de qualification professionnelle des demandeurs. 

Ø     Appréciation du coût, pour la collectivité, de l’installation croissante d’une population urbaine d’adultes inactifs : dépenses d’urbanisme, ordre public, logement, santé, etc. 

Il serait opportun de comparer le coût de ces dépenses à la charge de la collectivité à celui de la réinstallation d’une partie des chômeurs urbains dans les « terres neuves ». Cette alternative est envisagée par les Pouvoirs Publics, mais il n’existe pas d’étude chiffrée. 

Ø  Estimation du coût d’entretien des adultes inactifs à la charge des travailleurs urbains : il s’agit d’évaluer les effets du « parasitisme familial », qui interdit la formation d’une épargne productive nationale. 

 

LES PROBLÈMES D’EMPLOI EN MILIEU RURAL : ANALYSE DES FACTEURS 

DÉMOGRAPHIQUES INFLUANT SUR LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL AGRICOLE 

 

Dans les régions soudano-sahéliennes, la notion d’emploi ou d’occupation doit être définie de manière restrictive. Dans le bassin arachidier notamment, le temps de travail agricole utile est presque limité aux mois d’hivernage, c’est-à-dire pendant l’unique saison des pluies de juin à novembre en gros. Ainsi, les contraintes climatiques imposent à la majorité des ruraux une longue période de repos forcé, surtout de janvier à mai, jusqu’à l’époque du débroussage et de la préparation des sols. Evaluation des effets différentiels du mauvais état sanitaire et nutritionnel sur la productivité du travail agricole. On observera en particulier qu’une semaine de maladie peut être irrécupérable si elle intervient au moment des « goulots d’étranglement » que constituent la période des semis ou du premier sarclage : ici, l’importance du calendrier est primordiale (la maladie, au mois de janvier, n’a pas d’effets sur la production. Tandis que le manque à gagner consécutif à l’arrêt de travail en juillet-août sera considérable). 

 

Dans la même perspective, il serait utile d’estimer les effets positifs sur la productivité du travail, induits par la présence d’équipements d’infrastructure : commerces, voies de communications, approvisionnement en eau, dispensaires. Etc. 

 

 

Les données parcellaires dont nous disposons à ce jour ne nous autorisent pas encore à proposer un programme d’ensemble. Cependant, nous insistons sur l’intérêt d’une analyse comparative : même dans une région écologiquement homogène comme le bassin arachidier, le sud du pays (la Casamance) les différenciations ethniques et régionales imposent une analyse fine, qui permette d’identifier les sous-ensembles caractéristiques dont se compose l’ensemble national sénégalais, qui reste très hétérogène. Dans l’état des connaissances actuelles, il nous paraît donc que des enquêtes légères, ayant pour objet le repérage des aires démo-économiques représentatives (ce qui suppose un premier travail de typologie), seraient plus fécondes qu’une lourde recherche statistique à l’échelle nationale, dont l’objet serait aujourd’hui prématurément défini. En matière d’autosuffisance alimentaire, il y a encore une longue route à faire bien que ces dernières années, des efforts sont consentis. 

 

Par Maro Malamine 

Sociologue-Consultant 

Ingénierie de Formation 

APCM -- Paris -- France 

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Pour un département de l’espérance de la prospérité et du bien- être des citoyens : département de Goudomp.

Pour un département de l’espérance de la prospérité et du bien- être des citoyens : département de Goudomp.

En louant Dieu et en rendant grâce à ses prophètes, je magnifie mes parents, mes amis, mes proches, les concitoyens ; bref toute la population du département de Goudomp. De ma naissance à maintenant n’ont jamais cessé d’accompagner, de fortifier et de rendre permanent par leurs bénédictions, des apprentissages acquis à l’âge précoce, que la maturité d’adulte n’a fait que confirmer, amplifier et me rendre accessible.
De ma mère, j’hérite de la générosité et de la conviction, de la tolérance et de la patience à l’égard de l’adversité, de la sociabilité, la disponibilité à l’égard de l’autre et la permanence de l’Etre humaine quelles que soient les circonstances.
De mon père, je garde le souvenir récurent de la pertinence de l’autorité, des limites sociales qui corroborent la fermeté comportementale, de l’inaltérabilité des principes et la rigueur dans toute construction sociale et humaine.
Les interactions des générosités solidaires, de la fermeté des principes et des convictions face aux enjeux du devenir, dans les relations avec l’autre, fondent une éducation familiale rigoureuse.
Celle-ci constitue le pôle de traçabilité de mes parcours en quête de savoirs, de savoir-être, mes vécues d’expériences à travers des interférences endogènes et exogènes qui leur sont propres dans le temps et dans l’espace.
Autant dans mes quêtes d’apprentissage à Etre, de mise en œuvre de mes demandes d’autonomies professionnelles, que dans les formes d’expressions multiples de mes engagements associatifs, organisationnels et citoyens cette éducation là, a été déterminante dans l’évolution de mon parcours particulier. Qu’ils en soient éternellement remerciés et récompensés par la grâce divine.
En ce jour prépondérant dans l’explication de mes choix et de mes engagements, ma pensée et ma mémoire ne peuvent oublier des pérénigrations et des compagnonnages anciens et actuels, qui tous, de prés ou de loin, ont eu des influences considérables dans l’animation de mon parcours de vie et dans l’affirmation de mon profil.
Ces pérénigrations et ces compagnonnages sont à l’origine d’un cheminement par étapes
 en apprentissages et en découvertes des hommes et des organisations,
 en remises en causes et en certitudes sur l’intangibilité des solidarités et des créations humaines, pour en arriver aujourd’hui à la problématique structurelle, associative, organisationnelle et citoyenne de Goudomp telle qu’elle est posée par le nouveau statut administrative et national de la ville de Goudomp.
Je commencerai par l’ancien président de la commune de Goudomp et l’ensemble des autorités locales, sans qui rien n’aurait pu être et grâce à qui tout été, et est devenue possible.
Comment pourrais-je ne faire appel à la jeunesse de Goudomp avec qui tout pourra, et sera possible. Cette jeunesse qui constitue le noyau social, culturel et intellectuel de la prospérité du nouveau département. La chaire du département est la jeunesse et l’ensemble de la population, ce, dans une unité organisée au sein d’une association.
Tous, nous savons que de nos jours, l’organisation en association est devenue un des forces sociales, économique, socio-économique et politique d’une nation, d’un pays, d’une région, d’un département et d’une localité quelle que soit sa taille et sa superficie.
Il est d’ailleurs dit dans le livre de Charles Debbash et Jacques Bourdon, permettez-moi de les citer que : « l’outil associatif est devenu pour des milliers de personnes, un moyen ordinaire et pratique pour vivre leurs passions, exercer des activités dans des domaines les plus divers, défendre des causes et des idées, ou réaliser des projets collectivement, lieux irremplaçables d’échanges, de dialogue, de solidarité et de convivialité, les associations jouent un rôle essentiel dans le paysage social ».
La richesse de la vie associative fait partir de l’évolution récente du tissu social. Elle permet, en effet, à beaucoup de nos concitoyens de partager une passion commune, de pratiquer des activités culturelles ou sportives, de s’investir dans des causes de développement local, de s’engager dans des activités sociales et éducatives. Les associations apparaissent alors comme des réponses aux besoins d’une société de plus en plus plurielle multiforme et diverse.
C’est un espace de liberté. Par la volonté des fondateurs et grâce à la force de ses adhérents, une institution se crée et se développe pour promouvoir des objectifs. Aujourd’hui, les associations sont une illustration de la volonté des citoyens de ne pas laisser au pouvoir public le monopôle de la représentation des intérêts. Son développement est récent et elles assurent les préoccupations les plus actuelles des citoyens, comme l’éducation et la formation par exemple, elles manifestent une vitalité accrue, tantôt en réaction contre la puissance de l’Etat, tantôt en se substituant à lui.
L’Etat et les collectivités territoriales prennent en considération cette montée des associations selon une stratégie qui évolue ; les associations sont aujourd’hui l’objet, tantôt de l’ « indifférence des pouvoirs publics, tantôt de tentatives de captation pour les faire participer à leur action. La seconde attitude est actuellement prépondérante en faisant des associations à la fois des interlocuteurs officiels des pouvoirs publics et des instruments de l’action publique.
Heureux parce que ces hommes et femmes ont cru à l’idée et aux projets, et sont près à s’engager librement par des démarches d’espérance. Ils attendent à toutes et à tous la force de conviction de l’engagement et le respect de la parole donnée, de l’esprit de vérité pour la réussite des projets qui seront construits en commun.
Mes chers concitoyens, en cette date d’aujourd’hui, lors de cette journée je tiens à mentionner que la Ville de Goudomp et la population ont compris beaucoup de choses et sont près à s’engager pour la cause de sa population, de ses biens et services. Ils seront farouchement opposer à toute agression extérieure et à tout corps étranger qui serait source de dysfonctionnement de l’organisation humaine de la ville de Goudomp chef-lieu départemental. Encore faut-il attendre que d’autres personnes viennent le faire pour nous ?
Nous sont des citoyens du département de Goudomp, qui avons acquis le droit de s’organiser en organisations humaines ou en association à partir de là où nous vivons, dans les différents pays du monde.
 Parce que nous sommes engagés dans nos pays d’accueil, à construire des liens récurrents et permanents avec notre pays en général et notre département en particulier,

 Parce que nous sommes porteurs d’expériences multiples et multiformes, nous menons des batailles pour la permanence des solidarités plurielles, des valeurs fondatrices et unitaires de notre société plurielle et diversifiée,

 Parce que dans nos capacités de mobilisation et de réalisations, nous bousculons et pouvons bousculer positivement les conservatismes, et créons et pouvons créer des dynamiques de changements et de stabilité sociales sans susciter des illusions sur l’avenir,

 Nous affirmons notre attachement indéfectible à notre pays, à notre nation et à notre cher département pluriel et multiséculaire.
Citoyens, nous votons et nous élisons des compatriotes. Citoyens, nous sommes en droit d’être élus et de participer à l’animation politique du débat démocratique et à la gestion saine et apaisée des institutions de la République.
Citoyens, nous nous engageons à proposer au peuple Sénégalais un projet, une initiative de développement local, un lendemain meilleur et merveilleux sans exclusive.
Citoyens, nous sommes résolument engagés à bâtir avec nous mêmes et avec d’autres et à consolider la nation sénégalaise, démocratique, forte, laïque, plurielle, où chaque citoyen et citoyenne, quelle que soit son origine, sa langue, son sexe, sa couleur de peau, sa culture, verra ses droits pleinement reconnus et respectés en interactions étroites avec ses droits.

I.) Pourquoi le département de Goudomp ?
En lançant l’idée de la création d’une structure associative, organisationnelle par les habitants de la ville de Goudomp, pour les goudompoises et goudompois et qui sera animée par eux-mêmes en relation étroite avec leurs compatriotes résidents à l’étranger, nous avons découvert que l’idée n’était pas nouvelle. Depuis plusieurs années, elle constituait l’objet de discussions et d’hésitations à la portée, à la connaissance du peuple de Goudomp anciennement Commune.
L’antériorité d’initiatives et d’idées débattues ont montré que le moment semblait venu de poser de nouveau le débat sur la place publique et d’entreprendre des initiatives concourant à la faisabilité du projet structurel et associatif pour la ville de Goudomp et sa population dans toute sa diversité composante.
Nous croyons fortement à l’intérêt et à la pertinence des rapports que les goudompoises et goudompois de la diaspora peuvent avoir pour leur nouveau département par le biais de métissage de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être, d’animation des dynamiques avérées en ancrages et ouvertures.
 Des dynamiques d’ancrages par une réappropriation de Goudomp, des goudompoises et goudompois du potentiel de leurs possibilités de développement, de promotion humaines et de ressources humaines ; pour qu’à tous niveaux de décisions et de réalisations, la puissance publique et l’actionnariat privé, départemental, national comme international, dont les ressortissants de la ville de Goudomp où qu’ils se situent seront des supports, puissent trouver des convergences d’intérêts pour une exploitation intelligente et durable du patrimoine départemental de Goudomp au service du peuple. Goudomp, des goudompoises et goudompois doivent être au début et à la fin de tout projet de développement national et local.

 Des dynamiques d’ouvertures, dans l’apport de l’extérieur de notre développement départemental comme local et à nos progrès humains, reconnaissant des compétences et des savoir-faire locaux, multiformes et avérées, dont des métissages favorisés par des apprentissages, permettent à la ville de Goudomp de disposer d’outils d’anticipations des défis de la mondialisation, des dérégulations économiques et politiques internationales. Les goudompois de la diaspora constituent, dans l’animation de ces rapports de force internationaux, des acteurs majeurs en intermédiations et en interfaces nécessaires à l’émergence de nouvelles formes de coopération et de codéveloppement partagés.

Car les expériences historiques des peuples du monde enseignent sur les rôles joués par les mouvements des populations dont les migrations sont les supports dans les transformations positives de la société et de l’émergence de constructions nouvelles de citoyennetés ainsi que des pratiques politiques, économiques, sociales et culturelles rénovées.

Dans plusieurs départements du monde, des économies extraverties favorisant des exodes et des mouvements migratoires, se sont retrouvées dans des dynamiques de constructions économiques et sociales introverties, grâce à l’apport considérable et multiforme de leurs diasporas. La diaspora goudompoise est citoyenne, patriote et valeureuse. Elle a montré à travers des exemples différents, sa disponibilité pour sa ville et son peuple.
Conscients de ces acquis, le peuple de Goudomp doit bâtir un projet social et économique à partir duquel les goudompoises et goudompois, dans leurs diversités, où qu’ils se trouvent, aient à cœur d’œuvrer ensemble, en permanence, pour un Goudomp respecté, solidaire, accueillant, respectueux des droits de l’homme et de l’environnement.

Le département de Goudomp en général ; et en particulier la ville de Goudomp se veut comme le cadre naturel du pari du codéveloppement et de la coopération décentralisée. Nous considérons l’émigration comme un secteur économique à part entière et comme un outil de valorisation et de vulgarisation des apports économiques et sociaux mais également le cadre de déploiement des réseaux à l’étranger, porteurs de projets de développement économique, solidaire, créatif, propre et durable.

Parce que face à ces enjeux de devenir dans le concert des nations, la fondation d’une politique locale des migrations et des goudompois de la diaspora, qui prend en compte l’animation de leur bien être social et culturel, permettra sans aucun doute à valoriser et à mobiliser l’épargne générée par les réseaux de migrants comme outil de financement du développement local durable, de l’élargissement des réseaux de production des richesses et dans l’affirmation sereine d’un partenariat avec l’Etat, d’un actionnariat privé départemental et voir même national qui est une condition essentielle voir sinéquanone pour tout projet de développement équilibré.

Parce que nous sommes porteurs potentiels à la fois des ancrages et des enracinements nécessaires aux préservations des identités et parce que nous sommes porteurs de métissages en savoirs et vécus d’expériences, nous nous engageons à assumer notre responsabilité pour rendre compatible les obligations économiques, politiques et sociales des goudompois et goudompoises de la diaspora, avec le projet de société en construction dans notre département notamment notre ville chère.

Ainsi dans le court ou long terme, Goudomp, goudompoises et goudompois s’attèleront à réunir les conditions de la faisabilité d’une telle dynamique pour la mettre au service du département et des départementaux.
II.) Département de Goudomp : des diversités et des pluralités comme enjeux fondamentaux d’un projet de société à valider et à construire.

Goudomp, espace de vie pluriel et diversifié est indivisible, inaliénable et inaltérable.
Au vu des enjeux politiques du développement de notre nation, nous sommes conscients et nous reconnaissons notre appartenance à un même peuple, pluriel, fort par ses diversités et animé par des civilisations anciennes interactives dans le temps et dans l’espace. Nous appartenons, toutes et tous, à des communautés linguistiques et culturelles structurées, mais métissées entre elles, favorisant ainsi des dynamiques de cohésion sociale et de stabilité depuis les temps anciens.

Dignes héritières et héritiers de ces conditions séculaires partagées, nous nous engageons à préserver Goudomp des soubresauts du racisme, de l’ethnocentrisme, du sectarisme, du régionalisme et des rétrogrades, tout en luttant fermement et résolument contre l’appauvrissement des communications culturelles et linguistiques.

A Goudomp, nous entendons valoriser l’ensemble des outils de la multi-culturalité et du plurilinguisme, pour répondre aux défis majeurs que constitue la composition du peuple de la ville de Goudomp hier et aujourd’hui, dans sa diversité socio-humaine, de territoires et de langues.

Pour nous, les langues se valent et peuvent toutes être des vecteurs de savoirs multiples et multiformes, de dynamiques de rencontres et d’échanges interculturels, de conservations et de restitutions des mémoires individuelles et collectives, des solidarités plurielles de générations Co-éduquées autour du respect et de la reconnaissance de l’autre.

Pour nous, le monolinguisme et le monolithisme culturel, ne peuvent pas promouvoir la pluralité des identités, ni conserver et restituer pleinement des mémoires séculaires.

Nous pensons fermement que toute abstraction et toute attitude de nivèlement socioculturel dans l’affirmation des réalités humaines qui caractérisent notre pays, peuvent être porteuses de frustrations inutiles, voir dangereuses pour la cohésion sociale. Ces frustrations sont inopportunes parce que génératrices de risques de conflits imprévisibles dont le nouveau département de Goudomp n’a pas besoin ni actuellement, ni dans l’avenir.

Nous sommes contre toutes les formes d’intégrisme linguistiques, d’où qu’elles viennent et nous nous engageons à les combattre fermement dans le cadre de la légalité républicaine.

Pour exemple d’ailleurs, la constitution du Sénégal a consacré juridiquement cette diversité et cette pluralité des outils et des codes de communication dans notre pays, même si les moyens mis à disposition, ne permettent pas à l’Etat d’assurer son impartialité et sa neutralité.

Conscient de la complexité cette question liée aux langues locales, cependant, Goudomp, goudompoises et goudompois prennent leurs responsabilités en mettant sur la place publique, ce débat salvateur pour leur ville, peuple en devenir, seul capable de prévenir et de prémunir contre les risques de nature « ethnicisassions » rampante de toutes les formes de discrimination qui y peuvent être liées.

Mesdames, messieurs, goudompoises, goudompois, l’émergence de Goudomp, notre cher département qui a tant travailler pour ce nouveau statut administratif, dans le paysage politique, économique social sénégalais et sa popularisation sont déjà un acte exaltant en matière de création et de construction humaine.
C’est pourquoi au nom de cet idéal et des convictions qui nous animent et nous motivent toutes et tous, je vous invite goudompoises et goudompois d’ici et d’ailleurs de se rallier autour de cet idéal social qui fera du département un des meilleurs sur l’échelle nationale.

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L’artisanat et le commerce de proximité:

L’artisanat et le commerce de proximité représentent un formidable gisement d’emploi. L’activité y dépend avant tout du savoir-faire et du travail de femmes et d’hommes, salariés, conjoint et chef d’entreprise. La ressource humaine est bien la première richesse de l’entreprise artisanale, le facteur essentiel de la valeur ajoutée qu’elle crée. Si elle doit s’adapter pour satisfaire ses clients, la petite entreprise doit aussi répondre aux évolutions des relations du travail. Du management aux conditions de travail, elle ne peut rester à l’écart des changements à l’œuvre en termes d’exigence sociale. Cette exigence concerne aussi bien les salariés que les chefs d’entreprise. L’artisanat est d’ailleurs le secteur par excellence où l’on passe couramment du premier de ces statuts au second. Par delà les évolutions liées à chaque époque, il reste le secteur où la promotion professionnelle et l’espérance de réussite sociale demeurent à la portée de tous. C’est pourquoi les intérêts des uns et des autres, au sein de l’entreprise artisanale, sont souvent bien plus proches que dans les grandes entreprises.

Reconnaître le rôle structurant de l’artisanat et du commerce indépendant dans l’aménagement du territoire :

S’appuyer sur l’artisanat et le commerce indépendant pour l’aménagement urbain

« Les petites entreprises jouent un rôle déterminant dans le rééquilibrage socioéconomique global du territoire Casamançais”

Le rôle de l’artisanat en matière de service au public ne doit pas être  négligé dans les priorités qui seront fixées par la politique régionale des différentes ville de la Casamance verte. Il est en effet urgent de conduire en direction des quartiers une politique volontariste. Celle-ci doit favoriser le maintien ou l’implantation d’entreprises et de services de proximité pour retrouver ou construire une vie de quartier. Il s’agit de corriger l’erreur majeure des dernières décennies : la dissociation de la vie sociale et la vie économique des habitants. Dans la ghettoïsation des quartiers, l’absence de perception du travail constitue un facteur aggravant de plus.


L’expérience acquise doit aussi servir à élaborer une politique pertinente en direction des petites villes. La revitalisation du commerce en centre-ville et dans des quartiers assez peuplés en est un aspect prioritaire notamment la construction d’une logique d’ « urbanisme commercial » opposée. Cet “urbanisme commercial” consistant à développer les grandes surfaces en périphérie des villes a contribué à la croissance de banlieues résidentielles inhumaines, vides d’artisanat et de commerce de proximité.

 

« Il faut conduire une politique

 

 publique volontariste, déclinée

 

                au niveau local, en faveur de l’artisanat

 

  et du commerce de proximité”

 

Intégrer pleinement les entreprises d proximité au développement rural.

 

Le monde rural est un atout pour notre pays en général et en particulier notre région.  Il offre une qualité de vie en contraste avec les inconvénients de la surconcentration urbaine, un riche patrimoine culturel et touristique… Mais ces espaces doivent souvent surmonter de lourds handicaps liés à leur situation géographique. Ces handicaps avérés peuvent justifier des mesures territoriales particulières. Le développement de l’ensemble des activités en milieu rural est en effet un enjeu majeur des prochaines années : source de nouveaux emplois, elles constituent le meilleur rempart contre la désertification. Il paraît donc légitime que les pouvoirs publics nationaux et locaux , les associations locales et de la diaspora avec les concours des investisseurs internationaux par le biais de partenariat,  favorisent l’accès de certaines zones aux services publics et aux moyens modernes de communication. La question des transports par exemple constitue aussi une problématique centrale du développement en milieu rural, comme le maintien des activités économiques.

En revanche, il semble plus judicieux pour une municipalité, des associations locales et des associations de la diaspora à travers des mouvement de développement et de codéveloppement entre Nord/Sud  et/ou Sud/Sud d’intervenir en amont pour maintenir une activité menacée et d’en créer d’autres.

« Prendre toute mesure de nature à faciliter

le maintien et le développement des activités

 commerciales et artisanales en milieu rural. »

 

La question essentielle de la place des petites entreprises dans l’aménagement du territoire :


Le paysage régional a connu depuis 50 ans des changements profonds, pas toujours maîtrisés par les politiques d’aménagement du territoire. La richesse régionale s’est accrue, mais aussi la désertification rurale, les violences périurbaines et le déclin des centres-villes… L’aménagement du territoire se résume aujourd’hui trop souvent à l’élaboration de règles fiscales et sociales en faveur d’entités géographiques ciblées.

Cette politique morcelle le territoire régional en une sorte de puzzle, chaque pièce disposant d’un statut particulier. Elle a des effets discriminatoires et fausse le jeu de la concurrence par des exonérations ou autres avantages particuliers. Ainsi sont apparues les notions de zone urbaine sensible, de zone de redynamisation urbaine ou rurale. Cette politique conduit aujourd’hui, entre autres, à opposer le milieu urbain au monde rural, pourtant complémentaires sur le plan du dynamisme économique, de la cohésion sociale et de l’équilibre démographique. Certaines zones rurales et certains quartiers « sensibles » présentent, certes, des handicaps majeurs et il paraît à présent légitime de vouloir les compenser. Mais les chefs de petite entreprise réclament précisément un aménagement harmonieux du territoire, qui permettrait, en amont, d’éviter l’apparition de ces phénomènes déstructurant.

 

«««««

Les petites entreprises ne prétendent pas résoudre tous les maux de la société Sénégalaise précisément de la population Casamançaise. Mais les pouvoirs publics devraient être plus attentifs à leur apport dans les domaines de la formation des jeunes et des chômeurs, de l’emploi, et à leur rôle en matière d’attractivité des zones urbaines et rurales.

 

MARO Malamine

Sociologue-Consultant

 

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Sénégal : combattre la faim en modernisant l’agriculture; une approche incertaine.

Pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, des dizaines de milliers d’agriculteurs des quatre coins du pays ont manifesté le 26 janvier dans la capitale pour exprimer leurs doléances et leur colère. En convergeant vers le plus grand stade de Dakar, ils ont réclamé des politiques susceptibles d’accroître leurs récoltes, de stimuler leurs revenus, de réduire la pauvreté rurale et de les faire sortir de leur condition de « citoyens de deuxième catégorie ». Ils ont ainsi brisé l’image du paysan timoré et passif qu’on leur attribuait généralement dans les villes. « Les agriculteurs se mobilisent plus que jamais pour l’amélioration de leurs conditions de vie », explique Mamadou Sall, Président de la plus importante association nationale d’agriculteurs, le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR).

Le Conseil a soumis aux autorités un « Manifeste des agriculteurs ». Le texte souligne que la productivité agricole demeure très faible et que la plupart des agriculteurs vivent en-deçà du seuil national de pauvreté : « Le secteur agricole est en crise depuis la fin des années 70, et cette situation a contribué à la paupérisation des populations rurales et à l’insécurité alimentaire dans ces régions. » Réitérant la volonté de changer cette situation, le Manifeste du CNCR lance un appel à la solidarité de toutes les catégories sociales du Sénégal et invite les autorités à entamer des pourparlers avec les agriculteurs pour trouver des solutions à long terme.

La transformation de l’agriculture à faible rendement du Sénégal en un secteur productif et dynamique, susceptible de contribuer à l’amélioration du niveau de vie des villageois et au renforcement de la sécurité alimentaire dans les campagnes, se heurte à des obstacles complexes.

Intervenant lors de la manifestation, le Ministre de l’agriculture Habib Sy s’est engagé à faire part personnellement au Président Abdoulaye Wade des préoccupations des manifestants. Il a également affirmé que le Gouvernement était ouvert au dialogue et a énuméré les mesures déjà adoptées dans ce sens. Cet engagement a été bien accueilli par de nombreux agriculteurs, qui s’interrogent toutefois sur son ampleur.

En effet, quelques mois plus tôt seulement, le Président Wade avait promis d’envisager des mesures systématiques à long terme destinées à « moderniser » le secteur agricole du Sénégal. Ces promesses de placer le sort des paysans au coeur du débat politique arrivaient toutefois plus de deux ans après l’entrée en fonction de son Gouvernement, et faisaient suite à plusieurs années successives de récoltes insuffisantes et à la généralisation de la famine dans les campagnes.

Ce débat ne fait que commencer, et il n’existe aucune solution simple. La transformation de l’agriculture à faible rendement du Sénégal en un secteur dynamique et productif, susceptible d’améliorer le niveau de vie des villageois et de renforcer la sécurité alimentaire des campagnes, se heurte à des obstacles complexes : l’indigence des agriculteurs eux-mêmes, le niveau insuffisant des capitaux publics investis dans les zones rurales, l’accès restreint à l’eau, la dégradation de l’environnement, les pressions exercées par les institutions financières extérieures en faveur d’une libéralisation accélérée et les conditions défavorables auxquelles se heurtent les exportations agricoles sénégalaises sur les marchés internationaux.

Un héritage difficile

Les problèmes qui se posent aux agriculteurs sénégalais ne datent pas d’hier, et touchent à la fois les cultivateurs de produits vivriers et les producteurs de cultures commerciales, en particulier d’arachides. Depuis toujours, les méthodes de culture pratiquées dans les quelque 440 000 exploitations du pays sont très simples, la plupart des agriculteurs se contentant de cultiver leurs modestes lopins au moyen de simples outils manuels, sans pratiquement aucun engrais ou aide extérieure autre que les précipitations.

Bien que le secteur agricole fasse vivre environ 60 % de la population sénégalaise et représente 18 % du produit intérieur brut, il ne bénéficie que de 10 % de la totalité des investissements de l’Etat. Pendant plusieurs dizaines d’années, y compris du temps de la colonisation française, le secteur des arachides s’est taillé la part du lion du financement agricole public. En effet, depuis l’indépendance de 1960, presque toute la formation technique, les subventions et les services de vulgarisation agricole fournis par l’État ont été axés sur la production d’arachides.

Cette mobilisation de moyens n’a toutefois pas permis d’améliorer considérablement les conditions de vie dans les zones rurales, même dans les principales régions productrices d’arachides. La plupart des villages manquent d’eau potable ou d’électricité. Dans de nombreuses régions, le sol s’est érodé ou acidifié. Des vagues de sécheresse successives ont frappé très durement ces régions à la fin des années 70 et au début des années 80, aggravant la dégradation de l’environnement et la paupérisation des villages.

Vers le milieu des années 80, le Gouvernement sénégalais a commencé à adopter de nouvelles politiques économiques à la demande du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Ces politiques ont eu pour effet d’éliminer des services de vulgarisation agricole et de supprimer progressivement les subventions d’engrais. Trop pauvres pour acheter comptant les engrais dont ils avaient besoin, de nombreux paysans ont dû emprunter de l’argent au début de la saison des semailles, mais se sont retrouvés lourdement endettés lorsque les précipitations ont été insuffisantes ou que le cours de leurs produits a plongé subitement.

Au cours des cinq dernières années, l’utilisation d’engrais dans la culture des arachides a enregistré un nouveau repli, passant de 45 500 tonnes pendant la saison 1997-98 à seulement 25 000 tonnes en 2001-2002. Les rendements ont reculé dans les mêmes proportions, entraînant dans leur chute les revenus des agriculteurs. « Pour nous, la vente d’arachides est l’unique source de revenu », explique Ali Mballo, agriculteur.

Selon le Rapport national sur le développement humain 2001 du Sénégal du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), environ 85 % de la population rurale de ce pays vit en-dessous du seuil de pauvreté, taux sensiblement supérieur à la moyenne de 60 % pour l’ensemble de la population sénégalaise.

La sécheresse épuise les réserves céréalières

Le mécontentement provoqué par ces conditions a incité de nombreux électeurs des campagnes à abandonner le parti longtemps au pouvoir en faveur de la coalition d’opposition d’Abdoulaye Wade, qui a promis un « sopi » radical (« changement » en wolof). Au pouvoir depuis peu, le nouveau Gouvernement a déjà présenté de nombreuses réformes, en matière de lutte contre la corruption, d’amélioration des services sociaux de base et de renforcement du système démocratique du Sénégal. Le Président Wade s’est avéré être l’un des principaux promoteurs et artisans de la stratégie de développement du continent, le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique.

Bon nombre de ces changements n’ont toutefois pas eu d’effets dans les campagnes. Pis encore, les premières années de cette décennie ont été marquées par des précipitations insuffisantes. Ces conditions ont contribué à une diminution constante de la production céréalière du pays, qui est passée de plus de 1,2 million de tonnes de millet, de sorgho, de riz et de maïs au cours de la saison agricole 1999-2000, à seulement 835 000 tonnes en 2002-2003, selon les prévisions du Ministère de l’agriculture publiées en décembre (voir diagramme).

Pendant deux ans, de nombreux ménages agricoles ont subsisté en puisant dans leurs réserves de céréales ou en vendant leur cheptel ou autres produits agricoles pour acheter plus de nourriture. Mais en 2002 leur situation s’est fortement détériorée. Dans de nombreux villages, les hangars à grains étaient pratiquement vides. Les pluies abondantes qui se sont abattues subitement sur le nord du Sénégal en janvier ont provoqué de graves inondations, qui ont détruit les cultures et causé la mort de plusieurs dizaines de personnes et de plus de 100 000 têtes de bétail. De surcroît, les premières précipitations de la saison de pousse de 2002-2003, prévues pour juin, ne sont arrivées qu’en août dans les principales régions productrices d’arachides et de céréales. Ces conditions climatiques défavorables, aggravées par une production agricole déjà très insuffisante, ont conduit à une situation de quasi-famine dans la plupart des campagnes du pays.

« Libéralisation massive »

De plus, les producteurs d’arachides ont été surpris par le démantèlement des méthodes de commercialisation établies, du aux changements de politique. Le Gouvernement du Président Wade avait hérité des accords économiques conclus par son prédécesseur, qui s’était engagé en 1995 à privatiser la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos), bien qu’aucun acheteur n’ait été trouvé à l’époque et que l’entreprise soit restée entre les mains de l’Etat.

A la suite des changements politiques au Sénégal, le FMI a accentué la pression pour que le processus de libération s’accélère. Le nouveau Gouvernement a toutefois privilégié l’action de l’Etat pour stimuler les revenus des agriculteurs et encourager l’activité économique dans les campagnes, en partie en développant fortement, par le biais de la Sonacos, la production d’arachides. Au cours de la saison 2001-2002, la Sonacos a emprunté massivement pour acheter aux agriculteurs une quantité record de 600 000 tonnes d’arachides à des cours relativement favorables. (La production de cette année-là avait atteint le niveau sans précédent de plus d’un million de tonnes, le reste de la production ayant été repris par des négociants en arachides parallèles appelés bana-bana).

Ces transactions ont injecté des sommes considérables dans les campagnes. Pour la Sonacos, cependant, cette opération n’était pas viable. Comme le prix payé aux producteurs d’arachides se situait bien au-delà des cours mondiaux et comme de très nombreux agriculteurs avaient du mal à rembourser les prêts consentis par la Sonacos pour acheter des engrais et autres intrants agricoles, la Sonacos s’est retrouvée criblée de dettes.

Un certain nombre de donateurs du Sénégal ont réagi vivement. En avril 2001, un responsable de l’Union européenne (UE) a prévenu que si la Sonacos ne libéralisait pas le réseau de distribution des graines d’arachides, cela risquait de compromettre l’aide octroyée par l’UE à ce pays. En juillet, une délégation du FMI en visite au Sénégal a exigé que l’Etat cesse de subventionner la commercialisation des arachides et laisse leurs cours se rapprocher de ceux pratiqués sur les marchés internationaux. Le mois suivant, la Sonacos a accepté de réduire le prix payé aux agriculteurs de 145 à 120 CFA le kilo, et de diminuer sensiblement les quantités qu’elle leur achetait directement. Ces décisions ont indigné de nombreux producteurs.

En novembre de la même année, une réunion ministérielle a confirmé l’intention de privatiser la Sonacos en 2003. Dans un premier temps, les autorités ont démantelé la Société nationale de graines (Sonagraines), filiale à 100 % de la Sonacos, qui participait activement aux opérations de ramassage et de transport des arachides des champs des agriculteurs aux usines de traitement de la Sonacos (qui transforment les arachides en huile de table). Les autorités espéraient que les opérateurs privés stockeurs (OPS) rempliraient cette fonction.

Le résultat a été désastreux pour les producteurs d’arachides. Malgré les acomptes considérables reçus de la Sonacos, une partie des quelque 500 OPS agréés n’ont pas réussi à organiser l’acheminement des arachides à partir des lieux de production. Parmi les OPS qui ont assuré le ramassage des noix, bon nombre ont réglé les agriculteurs en coupons, pas en espèce ; des mois plus tard, de nombreux producteurs n’ont toujours pas été payés. Ce manque à gagner les a empêchés de se procurer des graines ou de l’engrais en prévision de la prochaine saison des semences, de rembourser leurs dettes ou d’acheter de la nourriture ou autres articles essentiels.

Tandis que des groupes d’agriculteurs commençaient à ériger des barricades sur les routes nationales du pays en guise de protestation, le CNCR et d’autres associations d’agriculteurs ont durci leurs positions. Beaucoup ont mis en cause le changement d’orientation politique du Gouvernement. « L’un des gros problèmes auquel est confronté le secteur agricole est la libéralisation massive de notre économie », a affirmé Samba Guèye, secrétaire général du CNCR.

D’autres ont dénoncé le faible cours des arachides, du coton et d’autres exportations agricoles sénégalaises sur les marchés internationaux. Le Sénégal occupe la deuxième place dans le monde sur le marché des arachides, après les Etats-Unis. Mais, comme le souligne Serigne Amadou Camara, responsable de la gestion des entreprises d’Etat , « notre principal concurrent, les Etats-Unis, subventionne ses prix. Nous n’avons pas les moyens de nous y opposer ».

Transformer les « paysans » en « fermiers »

En août 2002, les autorités ont finalement commencé à réagir. Considérées dans leur ensemble, leurs initiatives vont toujours dans le sens d’une libéralisation du marché et de la promotion du secteur privé, mais une place plus importante est accordée désormais aux investissements publics en infrastructures rurales et aux programmes publics visant à protéger les agriculteurs des aléas du marché et du climat. Le Président Wade a réaffirmé à diverses reprises le besoin de « moderniser » l’agriculture sous-développée et à faibles intrants de son pays, en vue de faire des « paysans » de subsistance du Sénégal des « fermiers » à l’écoute des marchés, capables de produire plus sur le plan national et international.

Pépinière au Sénégal : l’utilisation judicieuse des ressources limitées d’eau et la protectionde la couche arable seront cruciales pour la viabilité agricole.

Le Président et son équipe ont admis avoir liquidé la Sonagraines trop précipitamment, en réaction aux pressions extérieures. Toutefois, ont-ils souligné, cette décision est irréversible, et désormais il faut s’assurer que le nouveau système commercial fonctionne mieux que le précédent. Le Président a par ailleurs donner des instructions aux autorités judiciaires pour qu’elles entament des actions en justice contre les « voleurs et les escrocs » qui se sont appropriés les récoltes des agriculteurs sans les régler. Parallèlement, la Sonacos a durci ses critères de délivrance de licences aux OPS.

Parmi les autres mesures annoncées par le Président, certaines visent à remédier sans tarder à la pénurie alimentaire, alors que d’autres ont des implications à plus long terme en matière de développement. En voici quelques-unes :

-- l’octroi d’importants secours à court terme, financés directement par l’Etat et destinés à aider les victimes des inondations et de la sécheresse. La distribution de l’aide est placée sous la responsabilité d’un comité de contrôle de haut niveau composé de responsables d’associations d’agriculteurs, de personnalités des médias et de représentants des partis politiques.

-- la constitution de réserves locales de céréales, permettant d’accélérer les interventions d’urgence face aux pénuries alimentaires, dans les 11 régions du Sénégal.

-- la promotion plus active de la diversification agricole, pour mettre un terme à la « tyrannie de la monoculture », selon la formule du Président Wade. Au niveau national, d’importantes mesures ont déjà été prises pour encourager davantage la production du coton, du sésame, du soja, du tournesol, du riz et d’autres produits alimentaires et d’exportation, de manière à réduire la dépendance de l’économie vis à vis des arachides. Dans les champs, une production agricole plus variée devrait offrir une plus grande marge de manoeuvre aux agriculteurs et mieux les protéger contre les fluctuations du marché et du climat.

-- le forage de 50 réservoirs d’eau pour mieux conserver et utiliser les précipitations, et pour développer le réseau d’irrigation. Le Sénégal a en effet la capacité d’irriguer 240 000 hectares dans le bassin du fleuve Sénégal, grâce aux barrages en construction de Diama et de Manantali ; à ce jour, toutefois, seuls 70 000 hectares sont irrigués (contre 36 000 hectares il y a trois ans). Des projets plus modestes sont en cours d’exécution ailleurs dans le pays, notamment pour la culture du riz.

-- le lancement d’un projet d’ensemencement de nuages destiné à provoquer des précipitations plus fréquentes. Ce projet bénéficierait du savoir-faire marocain, qui a fait ses preuves dans la réalisation de projets similaires au Maroc et au Burkina Faso.

-- l’accélération des plans visant à relier tous les villages du Sénégal au réseau d’électricité national.

-- la construction de nouveaux établissements de formation agricole à travers le pays.

Fin août, le Président Wade a effectué une tournée dans la plupart des régions du Sénégal, pour expliquer les initiatives gouvernementales et consulter les agriculteurs et gardiens de troupeaux. La plupart des doléances ont porté sur le nouveau système de commercialisation des arachides, le coût élevé des intrants agricoles, la qualité insuffisante des services de santé et l’absence d’un dispositif efficace de sécurité alimentaire. A un rassemblement à Saloum, le Président s’est engagé à « ne jamais abandonner les campagnes » et a affirmé avec vigueur que son Gouvernement considérait « l’agriculture et l’élevage » comme « deux domaines prioritaires du développement ».

Les ingrédients du succès

De nombreux agriculteurs ont réagi avec espoir aux engagements des autorités, mais aussi avec une certaine prudence, ayant déjà entendu de telles promesses. La plupart attendent de voir les dispositions de la nouvelle loi sur l’agriculture que le Gouvernement devrait soumettre à l’examen et à l’approbation de la législature. En attendant, la crise dans les villages sénégalais et les premières réactions des autorités ont déjà suscité un vaste débat public sur la meilleure manière de transformer les campagnes.

Sur le plan politique, le Président Wade préconise un ensemble réaliste fait de systèmes de commercialisation et de mesures d’aide et de réglementations étatiques, position qui bénéficie d’un large appui au Sénégal, même s’il y a des divergences sur la nature précise de cet ensemble. M. Wade vante souvent les mérites du libre marché et des initiatives privées, mais souligne en même temps que dans un environnement commercial déséquilibré où les pays riches du Nord subventionnent leurs agriculteurs au détriment des producteurs du Sud, des pays comme le Sénégal devraient pouvoir être autorisés à leur tour à subventionner leur propre secteur agricole.

Au minimum, affirment bon nombre de Sénégalais, les autorités devraient être en mesure d’investir dans l’électrification des campagnes, la construction de routes et le développement d’autres infrastructures indispensables à l’amélioration de la productivité agricole et des conditions de vie des agriculteurs. « Partout dans le monde », note Mamadou Cissoko, un des responsables du CNCR, « ce sont les capitaux publics qui stimulent la production agricole et la régénération des sols arables ». Cette injection de capitaux devrait viser en particulier, selon le CNCR, les petites exploitations familiales largement majoritaires dans le pays.

La nécessité d’une participation plus active des agriculteurs, des gardiens de troupeaux, des artisans des villages, des femmes et des paysans fait également l’objet d’un consensus. Le CNCR, qui a exprimé avec véhémence les préoccupations des agriculteurs, n’est qu’une des associations les plus connues du pays. En effet, le Sénégal compte littéralement des centaines de coopératives agricoles, d’associations villageoises, et de groupements de cultivateurs. C’est ainsi que l’association nationale des producteurs de coton a acquis 20 % des actions de la société d’Etat chargée de la commercialisation du coton, et le CNCR a l’intention d’acheter des parts dans la Sonacos. « Dans cette nouvelle conception de l’agriculture, j’ai l’intention d’impliquer tout le monde », explique le Président Wade.

Les débats sur une éventuelle augmentation de la production agricole grâce à l’utilisation plus intensive d’engrais et d’autres intrants agricoles suscite des craintes quant à la préservation de l’environnement, compte tenu de la pénurie d’eau et de la fragilité des sols au Sénégal. A la lumière d’erreurs passées, notamment dans l’exécution des projets d’irrigation des vallées des fleuves du nord du pays, la priorité est désormais accordée à l’étude plus approfondie des conditions environnementales et à l’utilisation systématique d’engrais organiques et de technologies de nature à préserver et non à endommager les ressources naturelles du pays. Le Président Wade met en avant la notion de « sécurité écologique », qui concilie gestion de l’environnement, lutte contre la pauvreté et renforcement des capacités locales, y compris des réseaux de participation et des droits fonciers, notamment pour les femmes des zones rurales.

Ce type de considérations doit inspirer toute politique agricole, estime le professeur Moustapha Kassé, un éminent spécialiste sénégalais du développement. Dans une perspective strictement économique, il serait concevable de liquider les sociétés d’Etat peu rentables et de tolérer le déclin du secteur des arachides. « Mais, dans ce cas, que deviendraient les agriculteurs ? », se demande-t-il. Comment le Sénégal pourrait-il empêcher la paupérisation des campagnes et une migration plus massive vers les villes ?

« Il est impossible de transformer le secteur agricole sans une vision sociale plus globale, précise le professeur Kassé, car, de nos jours, il est impératif d’élaborer une stratégie agricole qui soit complète, cohérente et précise. »

Par MARO Malamine.

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Problèmes et conditions de la diffusion du co-développement.

A mesure que les expériences de co-développement en vrai grandeur se
diffusent, les analyses permettent d’en cerner plus précisément les avantages,
mais aussi les difficultés et les conditions qui lui sont associées. D’autre part, les
analyses sont aujourd’hui menées selon des points de vue plus variés : les
recherches du début des années 1990 étaient très généralement réalisées dans le
domaine automobile, à partir du point de vue des constructeurs (Womack et
alii, 1990). Depuis quelques années, des études ont été menées à partir d’autres
problématiques, par exemple du point de vue de fournisseurs multiconstructeurs,
d’industriels situés plus en amont des filières ou dans des
secteurs très différents comme le bâtiment par exemple4.
3.1. Transformation de la relation interentreprises et transformations internes
des entreprises ;
La diffusion massive du co-développement modifie en profondeur les rôles
respectifs des contractants. D’où des évolutions internes nécessaires chez les
deux protagonistes, qui se révèlent comme autant de blocages lorsqu’elles ne
s’opèrent pas au rythme souhaité.
Le co-développement se traduit tout d’abord par une surcharge massive
d’activités de conception pour les fournisseurs, activité qu’ils n’avaient pas à
assumer précédemment. Au delà des déclarations volontaristes et optimistes
initiales, l’appréciation de la difficulté qu’il y a pour un industriel, jusqu’ici
fabricant, à rentrer de totalement dans une conception automobile a été, pour
4Cf “Les nouvelles rationalisations de la conception” Cahier du CRG n°13, septembre 1996.
9
nombre d’industriels, une source de problèmes majeurs, d’autant que cette
construction de compétences nouvelles s’est faite en même temps que se
resserraient considérablement les contraintes sur les résultats à obtenir en terme
de qualité, de coût et de délais. Lors du projet Twingo par exemple, un
fournisseur, qui assumait pour la première fois une responsabilité de
développement d’un siège complet, n’a pas réussi a accomplir son nouveau
rôle, amenant le constructeur à reprendre en cours de route le pilotage d’une
partie du développement (Midler, 1993, pp. 159-164). Une autre étude réalisée
dans le domaine de l’emboutissage a montré que la mise en oeuvre du codéveloppement
ne s’était concrétisée par un résultat gagnant-gagnant que pour
les fournisseurs suffisamment préparés pour être performants dans la
conception amont. Les autres n’ont pas su détecter suffisamment tôt les
problèmes ou proposer des solutions et se sont alors vu, ensuite, mis en devoir
d’assumer à leur dépend l’obligation de résultat global qu’ils avaient contractée
au départ.
Aujourd’hui, les grands équipementiers ont largement engagé cette mutation,
développant leurs bureaux d’études produits-process, mettant en forme leur
pilotage de projets, organisant le travail en « plateau », etc. Mais il reste encore
beaucoup à faire. Dans le domaine des bureaux d’études, sur les dimensions
plus techniques des instrumentations de conception : moyens de simulation et
de validations, ingénierie assistée par ordinateur… Dans le domaine du
marketing et de l’anticipation des attentes des clients automobiles pour les
prestations associées aux sous-ensembles pris en charge par les fournisseurs.
Dans le schéma traditionnel, c’est la fonction produit du constructeur qui
prescrit les fonctions à remplir. Mais dans bien des domaines innovants, les
constructeurs ne sont pas les mieux placés pour anticiper l’évolution des
attentes de la clientèle. C’est par exemple le cas dans le domaine de
l’électronique automobile où le rythme rapide d’évolution des technologies peut
introduire des ruptures dans les générations de produit (ex. : passage du
radiotéléphone analogique embarqué au numérique portable, systèmes de
navigation…). Dans ces domaines, les équipementiers doivent alors eux même
développer des expertises sur les orientations et le rythme d’évolution des
valeurs d’usage attendues de la clientèle des constructeurs. C’est finalement un
développement considérable de leur compétence stratégique qui se trouve ici
engagé, alors qu’ils pouvaient reposer hier sur celle de leur clientsconstructeurs.
Ce qui constitue une mutation profonde car leur marketing était
jusqu’ici plutôt orienté sur la relation avec la fonction achat des constructeurs,
avec donc de fortes compétences de négociation et de promotion, mais peu
d’orientation technique et stratégique.
La mise en place d’un co-développement efficace exige, symétriquement, une
évolution importante des fonctionnements internes des constructeurs. C’est
d’ailleurs l’un des paradoxes de la mutation actuelle que de constater que le
mouvement, engagé et promu par les constructeurs, se propage parfois plus
vite chez les équipementiers amont que dans les organisations complexes des
entreprises automobiles. Les fonctions achats, études et projets se retrouvent
10
évidemment au premier plan de ces transformations. Les premiers, qui doivent
remettre en cause en profondeur une compétence fondée sur l’organisation des
appels d’offre, et doivent actuellement animer des processus technicoéconomiques
de conception associant les techniciens du constructeurs et des
équipementiers. Les bureaux d’études, qui, autrefois eux-mêmes en position de
concepteurs, se trouvent maintenant en situation d’orienter et de contrôler la
conception réalisée en grande partie par les fournisseurs. D’où des risques de
conflits, de redondance mais aussi de perte d’expertise, d’où une difficulté à
définir l’identité de ce nouveau rôle. Les fonctions projets ont joué un rôle
essentiel dans les premières expériences de co-développement. Elles en sont
généralement aujourd’hui les plus fervents défenseurs. C’est aussi, dans une
large mesure, elles qui détiennent la clé de leur crédibilité et succès. En effet, vu
de la « petite » équipe d’un fournisseur impliqué sur un projet, l’organisation
d’une entreprise automobile apparaît très complexe, hétérogène, et souvent
même contradictoire. Le rôle des acteurs projets apparaît alors essentiel pour
gérer l’interface, faire la synthèse interne des mondes marketing, design,
technique, industriel, achat…
3.2. Construction de la confiance et stabilité des contextes professionnels.
Pour les fournisseurs de l’industrie automobile, prendre le tournant du codéveloppement
a représenté un investissement et un apprentissage à la fois
difficilement contournable et très lourd, irréversible et donc risqué. On ne
construit pas des compétences de conception en quelques mois mais en
plusieurs années ; la mise au point d’un ajustement harmonieux avec un
constructeur pour un fonctionnement projet demande au moins un projet de
rodage (c’est à dire trois à quatre ans d’expérience partagée). De plus, les grands
équipementiers vendent aujourd’hui à la plupart des constructeurs, c’est à dire
qu’ils doivent développer en leur sein des compétences de coordination de
conception adaptées aux spécificités des différentes entreprises. Et les théories
en matière de conception et de partenariat sont loin d’être identiques entre des
entreprises comme Toyota, Chrysler, Opel, PSA, Renault ou Volkswagen par
exemple.
Dès lors, on comprend que l’une des préoccupations réaffirmées à toute
occasion par les fournisseurs soit la pérennité du lien et des méthodologies qui
le sous-tendent. De telles mutations ne sont en effet envisageables que si elles
s’inscrivent dans une perspective de long terme. Qu’il y ait un retournement de
doctrine, et l’investissement en capacités de conception indispensable au
partenaire majeur deviendrait alors surcoût de structure nuisible à la
performance de productivité du sous-traitant de fabrication. Or de telles
ruptures ont déjà parfois eu lieu chez certains constructeurs, à l’occasion de
changement de dirigeants (en particulier de directeurs d’achats), et/ou lorsque
la pression du marché financier a raccourci d’un coup l’horizon de l’évaluation
de la performance, forçant à une politique de « coup » à court terme où les vieilles
techniques de l’achat traditionnel se révèlent toujours très performantes. Ainsi,
11
par exemple, l’arrivée d’un nouveau directeur des Achats chez Volkswagen en
1993 a bouleversé la pratique de relation entre VW et ses fournisseurs en
introduisant une politique brutale de réduction de prix d’achat sans
compensation pour les fournisseurs. Signalons néanmoins que le contexte
automobile, relativement fermé à l’échelle mondiale, est, de ce point de vue,
bien plus favorable que d’autres à la stabilisation de nouvelles doctrines
managériales. Dans le secteur atomisé et ouvert du bâtiment par exemple,
l’apprentissage collectif de nouveaux modes relationnels est beaucoup plus
problématique (Jouini, Midler, 1996).
3.3. Place de l’innovation dans les stratégies concurrentielles et valorisation
de l’acte de conception.
Dans l’organisation automobile des années 1950 et 1960, la conception était
intégrée. La rémunération de l’activité de conception des bureaux d’études était
assurée par le salaire, du fait du surplus dégagé par les activités de production
et de vente des produits existants. La rémunération des fournisseurs s’opérait
par le prix des pièces achetées.
Comment a évolué ce schéma des flux économiques ? Tout d’abord,
l’importance de l’activité de conception dans la compétitivité a
considérablement augmenté. Aujourd’hui, alors que les cycles de vie produit
sont plus courts, que le marché automobile est surcapacitaire, la différence se
fait en amont, dans la capacité à trouver une technologie introduisant une
baisse significative des coûts, à mettre sur le marché une innovation plus vite
que les autres, à développer des niches où les produits ne sont pas banalisés, et
donc pas encore sujettes à l’érosion d’une guerre des prix à l’échelle mondiale.
Ensuite, la charge de la conception s’est déplacée en partie du constructeur chez
les fournisseurs. Mais les échanges économiques restent toujours fondés sur
l’échange des biens : la production immatérielle de la conception est
généralement non valorisée ; le constructeur rémunère le fournisseur par le prix
des sous-ensembles qu’il lui achète.
Cette situation apparaît de plus en plus problématique, à cause de l’enjeu
croissant de la conception, vecteur de la création de valeur et de compétitivité,
mais aussi charge fixe de plus en plus lourde pour les équipementiers. Le
problème clé est évidemment, pour le fournisseur, de s’assurer qu’il récupérera
en volumes produits les investissements qu’il a consenti au moment de la
conception. Or, plusieurs exemples récents montrent que cela n’est pas toujours
le cas. A l’issue de phases de préétudes menées avec des fournisseurs, il est
arrivé que des constructeurs organisent un appel d’offre large fondé sur les
résultats de ces préétudes. D’un côté, le fournisseur qui a investi dans la
préétude est avantagé, dans la mesure où il a orienté l’appel d’offre sur des
objectifs qu’il a lui-même situé. Mais d’un autre, cette pratique donne accès au
produit de son investissement de conception à ceux de ses concurrents qui ont
choisi de ne pas supporter une telle charge. Notons que le recours à des
contentieux fondés sur les outils de la protection industrielle sont ici des armes
12
à double tranchant, compte tenu des importantes capacités de rÈtorsion. De
telles pratiques n’incitent pas à des coopérations poussées dans les phases
d’avant projet pour faire déboucher des solutions très innovantes. Or, c’est
prÈcisÈment à ce niveau que l’effet de levier du co-développement sur la
création de valeur ou la réduction de coût est probablement le plus grand.
Une réponse possible serait de dissocier la rémunération des activités de
conception et de production5. Mais un tel système est loin d’être parfait. Pour le
constructeur, la rémunération par le prix unitaire des pièces achetées apparaît
comme un bon système d’incitation pour orienter la créativité du fournisseur
vers des trajectoires d’innovation valorisantes sur le marché des produits finis.
Cela simplifie par ailleurs considérablement le contrôle de la performance
économique, ce qui, dans l’automobile, est un avantage considérable du fait de
la complexité du produit. Pour les fournisseurs, une telle dissociation
modifierait à terme considérablement son rôle d’entrepreneur intégré. Il
considère aujourd’hui la capacité de conception comme une arme stratégique
pour gagner des parts de marché en produits finis.
Ainsi, on voit mal quel système d’échange purement économique pourrait
constituer une “main invisible” propre à réguler efficacement ces nouvelles
coopérations en conception. L’une des voies qui semble aujourd’hui s’affirmer
dans le monde professionnel est l’affirmation et le respect de codes partagés sur
les “bonnes pratiques” de relations qui, bien qu’elles constituent à court terme
des contraintes, permettent de construire des apprentissages communs
beaucoup plus ambitieux qu’une succession de “coups” génératrices de
comportements défensifs terriblement coûteux à long terme.

Vue par MARO Malamine

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LE SUCCES DE L’APPRENTISSAGE EN FRANCE :

En France, la question de l’insertion des jeunes dans la société est toujours posée et la croissance économique, même forte, ne peut pas seule la régler.  Le lien entre l’emploi et la formation est particulièrement développé par l’apprentissage. Les centres de formation d’apprentis (CFA) ont fourni d’importants efforts au cours des dernières années. La dimension pédagogique a été renforcée et l’apprentissage s’est ouvert à de nouveaux métiers donc à de nouveaux jeunes ainsi qu’à de nouvelles entreprises.

Très lointain héritier des corporations disloquées au XIXe siècle [Robert Castel, « Les métamorphoses de la question sociale »], l’apprentissage a connu plusieurs phases de réhabilitation législative et sociale. La loi Astier de 1919, puis plus récemment par la réforme de 1971 l’instituant comme voie de formation à part entière [Patrice Pelpel, Vincent Troger]. Ces réformes n’ont pas suffi à raffermir un dispositif dont les effectifs ont inexorablement décliné dans l’après-guerre 1939-1945 face à la « scolarisation des apprentissages » [Antoine Prost] .On dénombrait moins de 150 000 apprentis en 1974.

Le salut est venu d’un contexte particulier : la crise économique, les lois de décentralisation, la multiplication des dispositifs d’insertion par l’alternance et la légitimation de « l’entreprise formatrice» ont produit un contexte favorable au renouveau de l’apprentissage, qui s’est traduit par l’importante réforme de 1987, renforcée en 1992 et 1993 [Gilles Moreau].

Dès lors, les effectifs sont repartis à la hausse : 218 000 apprentis en 1993 et 378 000 en 2007. La réforme de 1987, dite Loi Séguin, élargit le champ d’application de l’apprentissage aux BEP, aux diplômes de niveaux IV (Bac Pro, BP, BM) et III (BTS, DUT). Elle permet également de faire succéder plusieurs contrats d’apprentissage et élever l’âge limite d’entrée dans le dispositif à 25 ans. La réforme Cresson de 1992 quant à elle,  ouvre plus largement l’apprentissage aux diplômes de niveau II et I, et particulièrement à celui d’ingénieur, et aligne le salaire des apprentis sur ceux des jeunes sous contrat de qualification.

Enfin, la Loi quinquennale sur l’emploi et la formation de 1993 supprime l’agrément préalable des maîtres d’apprentissage et amplifie les aides financières aux entreprises qui forment des apprentis (362 000 apprentis en 2002 [www.travail.gouv.fr].

Même si nous observons des irrégularités dans la progression de l’apprentissage en France entre 1997 et 2007, nous notons quand même une vivacité, un succès sans équivoque de l’apprentissage (cf. tableau 2, relatif à l’évolution des effectifs des apprentis en France en milliers).

Aujourd’hui, l’apprentissage ne peut pas être assimilé à une « peur du chômage », à une simple « fin de l’école » puisque les effectifs des apprentis ont continué de croître à la fin du XXe siècle. Il ne peut non plus être considérer comme le simple effet des campagnes de « communication » orchestrées par l’État, les régions, les chambres consulaires ou bien encore telle ou telle fédération patronale.

En fait, l’apprentissage suppose que les jeunes trouvent en eux-mêmes, dans leur propre histoire scolaire et sociale, individuelle et/ou collective, les logiques qui justifient leur adhésion à un mode de formation qui les confrontera au travail quand d’autres, de leurs camarades de classes, continueront à s’exposer aux professeurs, à parler et penser mathématiques, français ou histoire géographie, en se maintenant le plus longtemps possible au collège ou au lycée, parfois avec souffrances et difficultés. [Stéphane Beaud, 80 % au bac et après ?]

Pour comprendre cette situation, il faut admettre que Les « nouveaux apprentis » ne constituent ni un reliquat du passé ni une jeunesse à part, mais s’inscrivent dans un champ nouveau où difficultés d’insertion professionnelle, scolarisation prolongée et redéfinition de l’identité juvénile constituent les points essentiels de l’entrée dans la vie adulte. Ils y puisent un « désenchantement scolaire » disait Gilles Moreau, dans « L’apprentissage, une orientation comme une autre ? », qui les conduit à construire un rapport positif à l’apprentissage et au travail précoce en entreprise.

 

 

 

 


 

Malgré l’extension vers le haut (BTS, diplômes d’ingénieur, etc.) du spectre des diplômes proposés, l’immense majorité des apprentis commence l’apprentissage entre 16 et 18 ans, plus de 70 % préparant un CAP ou un BEP. Les apprentis de niveau supérieur au bac, quoiqu’en essor, représentent à peine plus de 10 % de l’ensemble des apprentis en 2000.

 

Par MARO Malamine

Sociologue-Consultant en Ingénierie de Formation

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ÉCONOMIE ET POPULATION :LE CAS DU SENEGAL

La relation ressources/population au Sénégal peut être posée dans les termes suivants : 

 

*                     la majeure partie de la population vit de l’agriculture, principalement de l’arachide. Or, la population augmente (cf. statistiques nationales), la production agricole stagne (exception faite année 2008/2009 avec la politique gouvernementale : la GOANA, le revenu paysan diminue par suite de la détermination des « termes de l’échange » (1), 

*                     la population urbaine augmente rapidement, surtout à Dakar et dans les régions du Cap-Vert (cf. Statistiques nationales sur les densités de populations dans les espaces urbains) ; mais la croissance urbaine est beaucoup plus forte que la progression des offres d’emplois tertiaires et secondaires. 

 

La conséquence de cet état de choses est l’accroissement de la population improductive. 

Ce bilan peu favorable correspond à une analyse de courte et moyenne période. Dans une perspective à long terme, on observera que le Sénégal n’a pas achevé la mise en valeur de son potentie1 agricole, notamment dans les régions du Fleuve et de la Casamance, où l’écologie est sensiblement plus favorable que dans le bassin arachidier. 

Pour conjurer la crise agricole, deux types d’intervention complémentaires sont mis en œuvre, qui figure parmi les priorités des plans de développement sénégalais : 

 

*                     L’amélioration des rendements agricoles dans les terroirs saturés du vieux bassin arachidier : à cet effet, le gouvernement sénégalais a mis sur pied, dès 1964, un programme de développement accéléré de la productivité arachidière. La SATEC (Société d’Aide Technique et de Coopération) aujourd’hui relayée par la SODEVA (Société de Développement et de Vulgarisation Agricole), chargée de l’exécution du programme, a engagé une vaste action de vulgarisation : l’objectif était l’amélioration du revenu paysan et les principaux moyens d’action consistaient à diffuser des thèmes techniques simples et à fournir aux cultivateurs l’outillage et les produits modernes adaptés à ces thèmes. Aujourd’hui en 2008/2009, Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal a lance un vaste programme agricole appelé la « GOANA (Grande Offensive Agricole pour l’Autosuffisance Alimentaire) qui a pour objectif me semble t-il de lutter contre la faim et la dépendance alimentaire. ce programme, faut-il le rappeler à-t-il atteint ses objectifs ? 

 

LE SOUS-EMPLOI: MESURES ET EFFESTS : 

 

Ø     Evaluation du nombre des chômeurs urbains : le Service de la Main-d’œuvre établit régulièrement les statistiques des demandes d’emploi non satisfaites (cf. statistiques sur l’emploi). Il faudrait cependant compléter ces renseignements par des enquêtes directes, car de nombreux chômeurs cherchent du travail par relations personnelles. Parallèlement, il serait nécessaire d’analyser les secteurs pour lesquels les offres d’emploi ne sont pas satisfaites à cause du manque d’instruction ou de qualification professionnelle des demandeurs. 

Ø     Appréciation du coût, pour la collectivité, de l’installation croissante d’une population urbaine d’adultes inactifs : dépenses d’urbanisme, ordre public, logement, santé, etc. 

Il serait opportun de comparer le coût de ces dépenses à la charge de la collectivité à celui de la réinstallation d’une partie des chômeurs urbains dans les « terres neuves ». Cette alternative est envisagée par les Pouvoirs Publics, mais il n’existe pas d’étude chiffrée. 

Ø  Estimation du coût d’entretien des adultes inactifs à la charge des travailleurs urbains : il s’agit d’évaluer les effets du « parasitisme familial », qui interdit la formation d’une épargne productive nationale. 

 

LES PROBLÈMES D’EMPLOI EN MILIEU RURAL : ANALYSE DES FACTEURS 

DÉMOGRAPHIQUES INFLUANT SUR LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL AGRICOLE 

 

Dans les régions soudano-sahéliennes, la notion d’emploi ou d’occupation doit être définie de manière restrictive. Dans le bassin arachidier notamment, le temps de travail agricole utile est presque limité aux mois d’hivernage, c’est-à-dire pendant l’unique saison des pluies de juin à novembre en gros. Ainsi, les contraintes climatiques imposent à la majorité des ruraux une longue période de repos forcé, surtout de janvier à mai, jusqu’à l’époque du débroussage et de la préparation des sols. Evaluation des effets différentiels du mauvais état sanitaire et nutritionnel sur la productivité du travail agricole. On observera en particulier qu’une semaine de maladie peut être irrécupérable si elle intervient au moment des « goulots d’étranglement » que constituent la période des semis ou du premier sarclage : ici, l’importance du calendrier est primordiale (la maladie, au mois de janvier, n’a pas d’effets sur la production. Tandis que le manque à gagner consécutif à l’arrêt de travail en juillet-août sera considérable). 

 

Dans la même perspective, il serait utile d’estimer les effets positifs sur la productivité du travail, induits par la présence d’équipements d’infrastructure : commerces, voies de communications, approvisionnement en eau, dispensaires. Etc. 

 

 

Les données parcellaires dont nous disposons à ce jour ne nous autorisent pas encore à proposer un programme d’ensemble. Cependant, nous insistons sur l’intérêt d’une analyse comparative : même dans une région écologiquement homogène comme le bassin arachidier, le sud du pays (la Casamance) les différenciations ethniques et régionales imposent une analyse fine, qui permette d’identifier les sous-ensembles caractéristiques dont se compose l’ensemble national sénégalais, qui reste très hétérogène. Dans l’état des connaissances actuelles, il nous paraît donc que des enquêtes légères, ayant pour objet le repérage des aires démo-économiques représentatives (ce qui suppose un premier travail de typologie), seraient plus fécondes qu’une lourde recherche statistique à l’échelle nationale, dont l’objet serait aujourd’hui prématurément défini. En matière d’autosuffisance alimentaire, il y a encore une longue route à faire bien que ces dernières années, des efforts sont consentis. 

 

Par Maro Malamine 

Sociologue-Consultant 

Ingénierie de Formation 

APCM -- Paris -- France 

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ÉCONOMIE ET POPULATION : 

LE CAS DU SÉNÉGAL 

 

La relation ressources/population au Sénégal peut être posée dans les termes suivants : 

 

*                     la majeure partie de la population vit de l’agriculture, principalement de l’arachide. Or, la population augmente (cf. statistiques nationales), la production agricole stagne (exception faite année 2008/2009 avec la politique gouvernementale : la GOANA, le revenu paysan diminue par suite de la détermination des « termes de l’échange » (1), 

*                     la population urbaine augmente rapidement, surtout à Dakar et dans les régions du Cap-Vert (cf. Statistiques nationales sur les densités de populations dans les espaces urbains) ; mais la croissance urbaine est beaucoup plus forte que la progression des offres d’emplois tertiaires et secondaires. 

 

La conséquence de cet état de choses est l’accroissement de la population improductive. 

Ce bilan peu favorable correspond à une analyse de courte et moyenne période. Dans une perspective à long terme, on observera que le Sénégal n’a pas achevé la mise en valeur de son potentie1 agricole, notamment dans les régions du Fleuve et de la Casamance, où l’écologie est sensiblement plus favorable que dans le bassin arachidier. 

Pour conjurer la crise agricole, deux types d’intervention complémentaires sont mis en œuvre, qui figure parmi les priorités des plans de développement sénégalais : 

 

*                     L’amélioration des rendements agricoles dans les terroirs saturés du vieux bassin arachidier : à cet effet, le gouvernement sénégalais a mis sur pied, dès 1964, un programme de développement accéléré de la productivité arachidière. La SATEC (Société d’Aide Technique et de Coopération) aujourd’hui relayée par la SODEVA (Société de Développement et de Vulgarisation Agricole), chargée de l’exécution du programme, a engagé une vaste action de vulgarisation : l’objectif était l’amélioration du revenu paysan et les principaux moyens d’action consistaient à diffuser des thèmes techniques simples et à fournir aux cultivateurs l’outillage et les produits modernes adaptés à ces thèmes. Aujourd’hui en 2008/2009, Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal a lance un vaste programme agricole appelé la « GOANA (Grande Offensive Agricole pour l’Autosuffisance Alimentaire) qui a pour objectif me semble t-il de lutter contre la faim et la dépendance alimentaire. ce programme, faut-il le rappeler à-t-il atteint ses objectifs ? 

 

LE SOUS-EMPLOI: MESURES ET EFFESTS : 

 

Ø     Evaluation du nombre des chômeurs urbains : le Service de la Main-d’œuvre établit régulièrement les statistiques des demandes d’emploi non satisfaites (cf. statistiques sur l’emploi). Il faudrait cependant compléter ces renseignements par des enquêtes directes, car de nombreux chômeurs cherchent du travail par relations personnelles. Parallèlement, il serait nécessaire d’analyser les secteurs pour lesquels les offres d’emploi ne sont pas satisfaites à cause du manque d’instruction ou de qualification professionnelle des demandeurs. 

Ø     Appréciation du coût, pour la collectivité, de l’installation croissante d’une population urbaine d’adultes inactifs : dépenses d’urbanisme, ordre public, logement, santé, etc. 

Il serait opportun de comparer le coût de ces dépenses à la charge de la collectivité à celui de la réinstallation d’une partie des chômeurs urbains dans les « terres neuves ». Cette alternative est envisagée par les Pouvoirs Publics, mais il n’existe pas d’étude chiffrée. 

Ø  Estimation du coût d’entretien des adultes inactifs à la charge des travailleurs urbains : il s’agit d’évaluer les effets du « parasitisme familial », qui interdit la formation d’une épargne productive nationale. 

 

LES PROBLÈMES D’EMPLOI EN MILIEU RURAL : ANALYSE DES FACTEURS 

DÉMOGRAPHIQUES INFLUANT SUR LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL AGRICOLE 

 

Dans les régions soudano-sahéliennes, la notion d’emploi ou d’occupation doit être définie de manière restrictive. Dans le bassin arachidier notamment, le temps de travail agricole utile est presque limité aux mois d’hivernage, c’est-à-dire pendant l’unique saison des pluies de juin à novembre en gros. Ainsi, les contraintes climatiques imposent à la majorité des ruraux une longue période de repos forcé, surtout de janvier à mai, jusqu’à l’époque du débroussage et de la préparation des sols. Evaluation des effets différentiels du mauvais état sanitaire et nutritionnel sur la productivité du travail agricole. On observera en particulier qu’une semaine de maladie peut être irrécupérable si elle intervient au moment des « goulots d’étranglement » que constituent la période des semis ou du premier sarclage : ici, l’importance du calendrier est primordiale (la maladie, au mois de janvier, n’a pas d’effets sur la production. Tandis que le manque à gagner consécutif à l’arrêt de travail en juillet-août sera considérable). 

 

Dans la même perspective, il serait utile d’estimer les effets positifs sur la productivité du travail, induits par la présence d’équipements d’infrastructure : commerces, voies de communications, approvisionnement en eau, dispensaires. Etc. 

 

 

Les données parcellaires dont nous disposons à ce jour ne nous autorisent pas encore à proposer un programme d’ensemble. Cependant, nous insistons sur l’intérêt d’une analyse comparative : même dans une région écologiquement homogène comme le bassin arachidier, le sud du pays (la Casamance) les différenciations ethniques et régionales imposent une analyse fine, qui permette d’identifier les sous-ensembles caractéristiques dont se compose l’ensemble national sénégalais, qui reste très hétérogène. Dans l’état des connaissances actuelles, il nous paraît donc que des enquêtes légères, ayant pour objet le repérage des aires démo-économiques représentatives (ce qui suppose un premier travail de typologie), seraient plus fécondes qu’une lourde recherche statistique à l’échelle nationale, dont l’objet serait aujourd’hui prématurément défini. En matière d’autosuffisance alimentaire, il y a encore une longue route à faire bien que ces dernières années, des efforts sont consentis. 

 

Par Maro Malamine 

Sociologue-Consultant 

Ingénierie de Formation 

APCM -- Paris -- France 

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ÉCONOMIE ET POPULATION : 

LE CAS DU SÉNÉGAL 

 

La relation ressources/population au Sénégal peut être posée dans les termes suivants : 

 

*                     la majeure partie de la population vit de l’agriculture, principalement de l’arachide. Or, la population augmente (cf. statistiques nationales), la production agricole stagne (exception faite année 2008/2009 avec la politique gouvernementale : la GOANA, le revenu paysan diminue par suite de la détermination des « termes de l’échange » (1), 

*                     la population urbaine augmente rapidement, surtout à Dakar et dans les régions du Cap-Vert (cf. Statistiques nationales sur les densités de populations dans les espaces urbains) ; mais la croissance urbaine est beaucoup plus forte que la progression des offres d’emplois tertiaires et secondaires. 

 

La conséquence de cet état de choses est l’accroissement de la population improductive. 

Ce bilan peu favorable correspond à une analyse de courte et moyenne période. Dans une perspective à long terme, on observera que le Sénégal n’a pas achevé la mise en valeur de son potentie1 agricole, notamment dans les régions du Fleuve et de la Casamance, où l’écologie est sensiblement plus favorable que dans le bassin arachidier. 

Pour conjurer la crise agricole, deux types d’intervention complémentaires sont mis en œuvre, qui figure parmi les priorités des plans de développement sénégalais : 

 

*                     L’amélioration des rendements agricoles dans les terroirs saturés du vieux bassin arachidier : à cet effet, le gouvernement sénégalais a mis sur pied, dès 1964, un programme de développement accéléré de la productivité arachidière. La SATEC (Société d’Aide Technique et de Coopération) aujourd’hui relayée par la SODEVA (Société de Développement et de Vulgarisation Agricole), chargée de l’exécution du programme, a engagé une vaste action de vulgarisation : l’objectif était l’amélioration du revenu paysan et les principaux moyens d’action consistaient à diffuser des thèmes techniques simples et à fournir aux cultivateurs l’outillage et les produits modernes adaptés à ces thèmes. Aujourd’hui en 2008/2009, Abdoulaye Wade, président de la République du Sénégal a lance un vaste programme agricole appelé la « GOANA (Grande Offensive Agricole pour l’Autosuffisance Alimentaire) qui a pour objectif me semble t-il de lutter contre la faim et la dépendance alimentaire. ce programme, faut-il le rappeler à-t-il atteint ses objectifs ? 

 

LE SOUS-EMPLOI: MESURES ET EFFESTS : 

 

Ø     Evaluation du nombre des chômeurs urbains : le Service de la Main-d’œuvre établit régulièrement les statistiques des demandes d’emploi non satisfaites (cf. statistiques sur l’emploi). Il faudrait cependant compléter ces renseignements par des enquêtes directes, car de nombreux chômeurs cherchent du travail par relations personnelles. Parallèlement, il serait nécessaire d’analyser les secteurs pour lesquels les offres d’emploi ne sont pas satisfaites à cause du manque d’instruction ou de qualification professionnelle des demandeurs. 

Ø     Appréciation du coût, pour la collectivité, de l’installation croissante d’une population urbaine d’adultes inactifs : dépenses d’urbanisme, ordre public, logement, santé, etc. 

Il serait opportun de comparer le coût de ces dépenses à la charge de la collectivité à celui de la réinstallation d’une partie des chômeurs urbains dans les « terres neuves ». Cette alternative est envisagée par les Pouvoirs Publics, mais il n’existe pas d’étude chiffrée. 

Ø  Estimation du coût d’entretien des adultes inactifs à la charge des travailleurs urbains : il s’agit d’évaluer les effets du « parasitisme familial », qui interdit la formation d’une épargne productive nationale. 

 

LES PROBLÈMES D’EMPLOI EN MILIEU RURAL : ANALYSE DES FACTEURS 

DÉMOGRAPHIQUES INFLUANT SUR LA PRODUCTIVITE DU TRAVAIL AGRICOLE 

 

Dans les régions soudano-sahéliennes, la notion d’emploi ou d’occupation doit être définie de manière restrictive. Dans le bassin arachidier notamment, le temps de travail agricole utile est presque limité aux mois d’hivernage, c’est-à-dire pendant l’unique saison des pluies de juin à novembre en gros. Ainsi, les contraintes climatiques imposent à la majorité des ruraux une longue période de repos forcé, surtout de janvier à mai, jusqu’à l’époque du débroussage et de la préparation des sols. Evaluation des effets différentiels du mauvais état sanitaire et nutritionnel sur la productivité du travail agricole. On observera en particulier qu’une semaine de maladie peut être irrécupérable si elle intervient au moment des « goulots d’étranglement » que constituent la période des semis ou du premier sarclage : ici, l’importance du calendrier est primordiale (la maladie, au mois de janvier, n’a pas d’effets sur la production. Tandis que le manque à gagner consécutif à l’arrêt de travail en juillet-août sera considérable). 

 

Dans la même perspective, il serait utile d’estimer les effets positifs sur la productivité du travail, induits par la présence d’équipements d’infrastructure : commerces, voies de communications, approvisionnement en eau, dispensaires. Etc. 

 

 

Les données parcellaires dont nous disposons à ce jour ne nous autorisent pas encore à proposer un programme d’ensemble. Cependant, nous insistons sur l’intérêt d’une analyse comparative : même dans une région écologiquement homogène comme le bassin arachidier, le sud du pays (la Casamance) les différenciations ethniques et régionales imposent une analyse fine, qui permette d’identifier les sous-ensembles caractéristiques dont se compose l’ensemble national sénégalais, qui reste très hétérogène. Dans l’état des connaissances actuelles, il nous paraît donc que des enquêtes légères, ayant pour objet le repérage des aires démo-économiques représentatives (ce qui suppose un premier travail de typologie), seraient plus fécondes qu’une lourde recherche statistique à l’échelle nationale, dont l’objet serait aujourd’hui prématurément défini. En matière d’autosuffisance alimentaire, il y a encore une longue route à faire bien que ces dernières années, des efforts sont consentis. 

 

Par Maro Malamine 

Sociologue-Consultant 

Ingénierie de Formation 

APCM -- Paris -- France 

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