Les jeunes et l’emploi au Sénégal, le cas de la commune de Yeumbeul: situation et perspectives.
« Ils payent le plus lourd tribut de la crise ».
Au Sénégal, la crise rend vulnérables les jeunes pourtant déjà exposés. Elle a amplifié les difficultés traditionnelles des jeunes et aggraver la situation de discrimination (dans toutes ses formes) qu’ils subissent. De très longues dates, cette jeunesse n’a pas la place qu’elle mérite, qui lui revient sur le marché du travail. Entre autres, les jeunes sont des premiers titulaires de contrats précaires, de situation de sans emploi, de contrats à durée déterminée, ces quelques années, ils ont vu leur chômage augmentait exponentiellement et pourtant le gouvernement n’a pas cessé de faire croire à la population que le chômage au Sénégal est entraine de baisser.
Constatant cette situation de l’emploi de la jeunesse sénégalaise (pourtant très bien formée), nous nous autorisons de nous poser la question à savoir : la question jeune ne devrait-elle pas être un fil rouge de l’action publique en ce moment ?
Aujourd’hui, il semblerait que le diplôme ne semble pas protéger des effets de la crise. Si l’on en croit l’étude de l’APEC.
Conscient de la gravité de la situation des jeunes au Sénégal, la mobilisation en faveur de l’emploi des jeunes est décrétée par le gouvernement du régime WADE. Depuis ce degré du gouvernement, où en sommes-nous ? Comment sont devenus les jeunes ? Quelle place ont-ils occupé ?, l’emploi s’est-il mi en route ?, autant de questions parmi tant d’autres laissent apparaitre une lecture du marché de l’emploi des jeunes au Sénégal qui consisterai à dire que l’emploi des jeunes au Sénégal est très préoccupante ; le gouvernement en est-il conscient ?
Sans controverse, le défi de l’emploi des jeunes est d’abord lié à la situation générale de l’emploi, mais avec ses aspects propres qui devraient requérir des mesures spécifiques.
Tous se sont mis d’accord sur le fait que relever le défi de l’emploi des jeunes est une condition préalable à l’élimination de la pauvreté, au développement durable et à la paix.
Il est vrai que pour que les jeunes aient leur chance, pour qu’ils aient reconquis leur place dans le développement économique et social de leur pays, de multiples voies d’accès à un travail décent devraient être ouvertes, mais le constat aujourd’hui est que, malgré les politiques d’emploi, les dispositifs d’insertion des jeunes annoncés par le gouvernement Sénégal, ils restent toujours des premières victimes du sous-emploi, du chômage, à l’instabilité, bref, ils sont dans l’impossibilité de développement personnel et/ou professionnel.
Si l’intégration des populations est une bonne chose, il faudrait noter que celle-ci ne pourrait être réussie si elle ne passe pas forcément par l’insertion professionnelle. Autant le travail est un vecteur de développement personnel et/ou professionnel, de développement économique et social, autant il est aussi le moteur du processus de paix, de cohésion sociale, de stabilité politique et sociale, bref de développement durable. Une nation qui se veut développer doit prôner un développement durable en matière d’emploi et surtout d’emplois des jeunes qui lui passé par le développement des compétences et de l’employabilité de ces derniers. Il s’agit non seulement d’un enjeu humain, mais aussi économique considérant que les entreprises locales, pour assurer leur compétitivité et leur productivité, doivent avec le concours des pouvoirs politiques doivent compter sur une main-d’œuvre qualifiée et disponible pour en faire promotion. La cohérence sociale trouve son fondement éminent dans la situation générale de l’emploi des populations et notamment celle des jeunes. Est-ce le cas du Sénégal ?
« Le travail est le moteur essentiel au développement socio-économique d’une nation et d’intégration des populations » à indiqué le ministre Sam Hamad ministre Québécois de l’emploi et de la solidarité sociale.
L’évolution de la société, l’ambition d’élever les niveaux de formation et de qualification des populations sont de nouvelles problématiques des sociétés modernes. Dans le même temps, l’arrivée des nouvelles technologies, la mutation des métiers et des professions, le désintérêt pour les travaux physiques ont progressivement amené les jeunes et les adultes à porter un regard nouveau vers des possibilités de carrières et des débouchés prometteuses.
Former est un art, qui requiert la maîtrise de techniques et de méthodes pédagogiques à la fois innovantes et rigoureuses. L’acquisition des compétences fondamentales peut ainsi apporter d’importants bénéfices économiques et sociaux, non seulement aux individus qui en sont privés, mais aussi à l’ensemble de la société. La plupart des pays ont mis en place de nouveaux parcours de progression, défini de nouvelles compétences clés et conçu de nouveaux curriculums de formation et de nouveaux dispositifs de celle-ci. A l’aube d’une pénurie de main-d’œuvre, les entreprises ne peuvent se permettre de se priver des compétences et du savoir-faire de la population et notamment de celle jeune.
Aujourd’hui, quand nous parlons de l’emploi, du travail, nous faisons allusion aux compétences, aux qualifications, bref aux savoirs-faire. Dans certains endroits du monde, ces caractéristiques ne correspondent pas à la situation de l’emploi de leur population. Dans le cas du Sénégal, la situation du marché du travail est catastrophique alors que la main-d’œuvre qualifiée, compétence est disponible; pourquoi cette incohérence?
Emploi au Sénégal, une situation préoccupante: exemple de la banlieue de Yeumbeul.
L’emploi des jeunes au Sénégal en général et en particulier à Yeumbeul reste à désirer. Le contexte, particulièrement, morose qu’à traversé l’économie sénégalaise depuis la fin des années 1970, ne favorise plus comme par le passé, l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi. En effet, bien qu’il existe très peu d’études récentes sur l’emploi des jeunes dans la région dakaroise, il n’en demeure pas moins que les rares travaux qui existent dans ce domaine, font état des difficultés de plus en plus grandes que rencontreraient les nouvelles générations pour s’insérer dans la vie active (Antoine & al., 1995; Bocquier, 1996). Il faut à cet effet noter des particularités spécifiques aux banlieues dakaroises comme par exemple la commune de Yeumbeul où le phénomène est grandissant. Par ailleurs, les études montrent, également, qu’en limitant les possibilités d’embauche aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, les contraintes qui pèsent sur le secteur moderne entraîneraient un phénomène de repli des jeunes vers certaines activités économiques jugées peu rentables et instables du secteur informel (Antoine & al., 2001). Dés lors, le secteur informel deviendrait, actuellement, pour les jeunes Yeumbeulois, l’expression des nouvelles stratégies d’insertion professionnelle. Cette situation a d’importantes conséquences dans la vie des jeunes. En effet, du fait des difficultés de plus en plus grandes qu’ils rencontrent pour se réaliser personnellement et/ou professionnellement, les jeunes se trouvent de plus en plus contraints de rester plus longtemps dans le domicile familial et se marient de plus en plus tardivement (Galland, 1990).
Ainsi, si les jeunes garçons qui sortent précocement du système scolaire se lancent presque aussitôt dans le monde du travail par l’apprentissage d’un métier dans le secteur informel, les filles, quand à elles, restent de plus en plus longtemps dans la demeure familiale où elles s’occupent des tâches ménagères en attendant un éventuel mariage. Pour les jeunes ayant terminé leurs études, entre la fin de celles-ci et l’entrée dans la vie professionnelle, s’ouvre, de plus en plus, une très longue période de recherche d’emploi, de chômage ou de stage. Dans ce cadre, pour mieux appréhender le vécu des jeunes à la commune de Yeumbeul en particulier, il semble important d’identifier la situation des jeunes par rapport à l’emploi. L’étude dans une telle perspective porterait sur l’analyse des situations d’emploi et la chance d’entrée dans la vie professionnelle, liées aux déterminants socio-économiques du parcours de la vie et à la conjoncture économique traversée.
Enjeu du secteur informel sur l’emploi des jeunes à Yeumbeul.
Le secteur informel génère plus de 55% des créations d’emploi à Yeumbeul, où chômage et sous-emploi touchent plus d’un quart de la population, a estimé le Maire de Yeumbeul (MY). Selon monsieur le Maire, « c’est quand les travailleurs, je veux dire les jeunes et adultes, hommes et femmes qualifiées et non, sont incapables de trouver des emplois dans des entreprises formelles qu’ils se réfugient dans le secteur informel ». Travailler dans le secteur informel n’est le choix voulu des acteurs concernés, mais c’est à contre cœur qu’ils s’y livrent. Cette forme de travail ne profite pas concerné car en général, il ne génère pas d’énormes revenus.
Selon le rapport de la BM, 27,5% de la population active sénégalaise se trouve au chômage ou en situation de sous-emploi, ce qui représente 1 million de personnes à travers le pays. Le directeur des opérations de la BM au Sénégal Madani Tall a pour sa part précisé que « l’accès au travail n’est pas une condition suffisante pour échapper à la pauvreté, encore faut-il avoir un +bon travail+ ».
Le constat qui était fait sur les acteurs de l’informel à Yeumbeul en particulier, révélait que plus de la moitié des travailleurs du secteur ne sont jamais allés à l’école. Il était suggéré au gouvernement sénégalais de mettre l’accent sur la formation afin de multiplier le nombre d’emplois qualifiés et ainsi améliorer la productivité de l’économie sénégalaise. Aujourd’hui, avec la pénurie d’emploi sur le marché sénégalais, ce constat reste caduc dans la mesure où nous constatons que cette forme de marché d’emploi est de plus en plus envahie par de nouveaux acteurs économiques que sont les personnes qualifiées c’est-à-dire formées.
Il semblerait que : pour être productif, il faut être qualifié. Et plus vous êtes qualifié, plus vous trouverez un bon emploi et facilement, plus vous gagnez d’argent, plus améliorez votre qualité de vie. La situation qui prévaut au Sénégal actuellement ne correspond pas à « l’éducation va de pair avec les besoins des entreprises », car la plupart des personnes qualifiées ne reste pas au Sénégal d’où le fameux concept de « fuite de cerveaux ». Qu’est-ce qui est à l’origine ?
Pourtant la politique nationale de l’emploi au Sénégal (PNES) décrétée par le Président de la république du Sénégal Maître Abdoulaye WADE prévoit un partenariat tripartite entre l’Etat/Secteur privé/Collectivités locales. Cette politique à travers sa littérature s’est fixé des objectifs précis et ambitieux que sont : réduction du chômage, du sous-emploi, de la pauvreté, de l’exclusion et la réduction pour ne pas dire l’éradication des emplois formels. Aujourd’hui, force est de constater cette politique peine à prendre forme car la pression du chômage des jeunes tant aux milieux urbains qu’aux milieux ruraux, le départ à l’immigration dans sa forme actuelle font peur et les dispositifs pour faire face ne sont disponibles ni imaginés par les autorités compétentes.
Cette situation inquiétante domine la population et les réponses probantes et appropriées à celle-ci s’envolent encore dans l’air. Faire croire à la population que l’emploi accroît au Sénégal relèverait d’une utopie. Nous pensons que ces éléments constatés pourront nous permettre de dire que le Sénégal est encore loin d’être un pays en plein emploi dans la mesure où, l’emploi informel continue à se développer, les flux migratoires de plus en plus importants, la famine qui domine les foyers, les aléas climatiques non maîtrisés (inondations par exemple), un tissus social de plus en plus décousu, bref une cohésion sociale inquiétante.
« Les inégalités de naissance ne doivent pas devenir des inégalités de destin ». Cette phrase entendue lors d’une rencontre de terrain au cours de notre rencontre avec quelques jeunes de Yeumbeul, résume l’état d’esprit des acteurs qui dans les quartiers populaires se mobilisent pour apporter des réponses aux difficultés profondes de la jeunesse.
Au cœur de celles-ci, le travail revient comme le point central d’où découlent toute la situation sociale des jeunes et leurs perspectives d’avenir.
De fait, les jeunes de la commune de Yeumbeul sont confrontés à un cumul de difficultés dans l’accès à l’emploi. Le taux de chômage reste, en effet, marqué au Sénégal par des contrastes forts selon les âges et selon les territoires. Les jeunes dans leur ensemble souffrent encore dans notre pays, tout comme les seniors, d’un taux de chômage bien supérieur à celui de la tranche d’âge intermédiaire des actifs. Par ailleurs, la situation de l’emploi dans les quartiers populaires notamment à Yeumbeul, caractérisés par une concentration de difficultés économiques et sociales, est très préoccupante et ce, de façon durable. Au carrefour de ces deux phénomènes, les jeunes des quartiers populaires sont ainsi touchés par une situation d’emploi doublement défavorable, avec un taux de chômage de plus de deux fois supérieur à celui des autres jeunes.
Ce constat global fait coexister des situations bien différentes, tant du point de vue des jeunes que des quartiers.
S’agissant des premiers, à la problématique des jeunes sortis du système éducatif sans diplôme, s’ajoute notamment la situation des jeunes diplômés ou qualifiés, mais exposés massivement à des discriminations dans l’accès à l’emploi. Aux difficultés économiques et aux causes sociales, se greffent ou se mêlent en effet les discriminations liées à l’origine « ethnique », réelle ou supposée, ou au lieu d’habitation. Ce sont ainsi d’une part des difficultés liées à la situation des jeunes eux-mêmes qu’il importe de résoudre, en termes notamment de formation et d’insertion professionnelle, d’autre part des freins à l’emploi dans leur environnement qu’il convient de lever, en particulier sur le plan des discriminations ou encore de l’activité économique dans les quartiers en général et en particulier dans la commune de Yeumbeul.
Le développement économique des quartiers populaires à l’image de Yeumbeul et l’emploi pour ses habitants constituent un véritable enjeu de société, au croisement de la politique de la ville et de la politique de l’emploi des jeunes. Ces politiques publiques devraient conjuguer leurs efforts pour créer un véritable et profond changement. Or, force est de constater que, jusqu’à peu, elles restaient centrées chacune sur leur logique sans parvenir à relier les deux problématiques. Plusieurs causes qui induits les conséquences spécifiques expliquent ce phénomène. Parmi, nous en citerons quelques unes.
Les causes et les conséquences du phénomène :
Les causes.
Elles sont multiples, complexes et se cumulent. Bien que de nombreux rapports et études aient diagnostiqués la situation, le taux de chômage dans ces lieux demeure très largement important chez les jeunes. L’analyse des causes de ce constat apparaît plus complexe et rarement globale.
Il semblerait que la situation globale soit le fruit d’une concentration de difficultés qu’il convient d’inventorier si l’on entend pouvoir y répondre de façon adaptée. a cet égard, nous avons repéré entre autres cinq facteurs principaux.
Les faiblesses liées à la formation initiale.
Les chiffres relatifs à l’échec scolaire sont révélateurs des difficultés pesant ensuite sur l’accès à l’emploi
Comme le souligne un des acteurs du champ B.W.B., professeur de mathématiques au collège public de Dainmalary, interviewé « la question du capital scolaire et de la formation des jeunes concernés est centrale ».
Les entreprises fondent très largement leurs recrutements sur le diplôme et l’expérience professionnelle. Or, comme l’indique monsieur B.W.B., « le fait de résider dans un quartier populaire a un effet de plus en plus fort sur le niveau scolaire des enfants. Alors que dans le passé, les décrochages et les difficultés liés à l’origine sociale étaient constatés au niveau du collège, puis plus récemment à celui du primaire, ils apparaissent désormais dès le collège, les écarts se creusent ensuite encore en primaire lors des apprentissages fondamentaux ».
S’y ajoute la difficulté liée à l’insuffisance des dispositifs d’orientation. Les jeunes manquent d’accompagnement dans leur choix d’orientation, dès le collège ou à la sortie du lycée. La période de vacances scolaires postérieure au lycée peut d’ailleurs être une rupture préjudiciable si le jeune est laissé à lui-même. Lorsque l’orientation se fait, on observe en outre une inadéquation par rapport aux besoins économiques.
À titre d’exemple, nous avons pu constater que certains baccalauréats professionnels par exemple orientés vers le secrétariat pur ne correspondent plus aux besoins des entreprises. Bien que ce diagnostic soit connu, ces formations perdurent faute d’anticipation approfondie des besoins économiques, de réactivité des acteurs de l’éducation ou de la formation au plan national, ainsi que de l’inadéquation de l’offre de certains organismes de formation.
La difficulté à approcher les entreprises
Pour les jeunes issus des quartiers à l’occurrence celui de Yeumbeul, une des difficultés citée de façon récurrente semble être liée aux phénomènes de réseaux.
Parce que leurs parents appartiennent rarement à des catégories socioprofessionnelles élevées, parce que des grandes entreprises ne sont pas nécessairement accessibles sur place, ou encore par méconnaissance des structures existantes, certains jeunes manquent du carnet d’adresses souvent nécessaire, de fait, ne serait-ce que pour l’obtention d’un stage et, a fortiori, d’un emploi. La multiplication de structures associatives visant à favoriser cette mise en réseau est symptomatique.
Les jeunes ont en outre, pour certains d’entre eux, une méconnaissance des codes des entreprises. Les attentes des employeurs lors d’un premier entretien de recrutement ou de l’exercice d’un premier emploi sont ainsi sous-estimées. Là aussi, le développement d’associations visant à effectuer du coaching, -- ou accompagnement -- vers l’emploi (préparation des CV et des entretiens de recrutement y compris d’un point de vue comportemental) prouve l’existence d’un réel besoin, auquel manifestement l’éducation nationale ou l’enseignement supérieur ne préparent pas.
Des jeunes ont en outre des aprioris sur le service public de l’emploi et sur les entreprises, souvent liés à cette méconnaissance de la culture d’entreprise. À l’inverse, les entreprises elles-mêmes remettent assez peu en question leurs pratiques et leurs représentations.
Les problèmes liés à la monofonctionnalité des quartiers et à leur environnement.
L’histoire des quartiers populaires est liée, faut-il le rappeler, à celle de l’urbanisation parallèle à l’arrivée de nouvelles populations.
Conçus comme des quartiers d’habitat, ils se caractérisent par cette monofonctionnalité. Parfois éloignés des centres villes ou du moins mal reliés, ces quartiers souffrent d’une absence d’activité économique en leur sein, notamment de commerces et d’un tissu de petites entreprises, auquel s’ajoute le départ d’un certain nombre de services publics.
Plus globalement, l’environnement caractéristique de ces quartiers n’est pas favorable à l’emploi et surtout de l’emploi formel, tant pour les jeunes que pour les entreprises. Les transports publics sont, en effet, souvent inadéquats, comme le montre l’exemple assez caricatural mais réel de l’absence de liaison satisfaisante entre Yeumbeul et la plateforme de des Parcelles Assainies ou encore de Dakar, en dépit d’une proximité immédiate à vol d’oiseau. Non seulement cette mauvaise desserte est préjudiciable à la recherche d’emploi et à la mobilité du côté des jeunes, mais elle n’incite pas, qui plus est, les entreprises à s’installer dans les quartiers en général et celui de Yeumbeul en particulier.
Des discriminations massives, liées à l’origine et à l’adresse.
Parmi les difficultés rencontrées par les jeunes dans l’accès à l’emploi, l’existence de discriminations apparaît comme une cause manifeste et persistante.
« Il convient au préalable de rappeler que les discriminations doivent être entendues précisément » acclamait A.B. chômeur à la recherche d’emploi depuis plus d’un an diplômé de l’Université Cheick Anta Diop en Master 1 de lettre moderne.
Les discriminations se différencient notamment du racisme à plusieurs égards, notamment parce que celui-ci repose sur une définition d’ordre moral et intentionnel, alors que les discriminations relèvent d’une définition juridique, basée sur une différence de traitement, et ne sont pas nécessairement déterminées par une intention. On distingue les discriminations directes -- dont l’objet même est de discriminer -- des discriminations indirectes -- qui ont pour effet de discriminer. À titre d’illustration, un agent du service public de l’emploi ou un directeur des ressources humaines dans une entreprise peut avoir une pratique discriminatoire, s’il ne propose pas certaines offres ou certains postes à un candidat en supposant que son profil ne conviendra pas à un recruteur ou à la clientèle, sans pour autant être lui-même raciste.
Si les discriminations peuvent intervenir dans différents domaines, comme la loi le prévoit, avec une actualisation d’ailleurs très récente (appartenance réelle ou supposée à une ethnie, religion, convictions, orientation sexuelle, âge, handicap…), il apparaît que les jeunes des quartiers populaires sont victimes de discriminations massives, liées principalement à l’origine réelle ou supposée, mais aussi à la seule adresse.
De nombreuses études ont été réalisées depuis quelques années sur un sujet dont on peut se féliciter qu’il ne soit plus tabou.
Une compétence diluée.
Une dernière cause, plus indirecte mais réelle, des difficultés de l’emploi des jeunes des banlieues semble être liée à la dilution de la compétence autour de cet enjeu. Qui est, en effet, responsable politiquement et institutionnellement de la question ?
De multiples acteurs interviennent : l’État, les agences sous tutelle mais aussi les régions compte tenu de leurs compétences sur l’emploi et la formation, les départements, responsables de l’insertion, les communes et intercommunalités, dans le cadre notamment de la contractualisation de la politique de la ville et en particulier des missions locales.
Pas moins de neuf acteurs sont ainsi directement concernés par l’emploi des jeunes des quartiers, sans compter ni les acteurs du champ de l’éducation, de l’orientation et de l’insertion sociale au sens plus large, ni le secteur des associations qui assument pourtant, de fait, des missions essentielles, en amont et autour de l’emploi.
Cette dilution des responsabilités empêche une véritable stratégie nationale et locale. À titre d’exemple, il existe un Conseil national des missions locales, mais il a plus un rôle de partage de l’information que de définition d’une politique et d’objectifs communs, alors que les missions locales sont censées être au premier plan en termes d’emploi des jeunes.
Les conséquences lourdes à deux niveaux :
Des conséquences directes des difficultés d’emploi.
Les jeunes confrontés à ces difficultés d’emploi se trouvent dans une situation difficile.
En premier lieu, ils ne sont pas couverts par l’indemnisation du chômage, n’ayant pas déjà travaillé, ni par le revenu minimum d’insertion, qui ne couvre pas les moins de 25 ans ou plus bref aucun dispositif mis en place pour aider ces jeunes. Si l’on comprend cette situation du point de vue des principes, notamment parce qu’il serait regrettable qu’un jeune « tombe » dans un régime d’assistance dès sa sortie du système scolaire, de fait, il n’existe pas de réponse du point de vue financier.
Les jeunes sont ainsi dans une situation de dépendance forte vis-à-vis de leur famille, les contraignant souvent à ne pas pouvoir décohabiter du foyer familial. Cette situation accentue un cercle vicieux puisqu’elle ne favorise pas le développement de l’autonomie du jeune et son insertion dans la vie sociale. Sans que cette situation corresponde à une généralité, force est de constater que les difficultés d’ordre financier peuvent parfois engendrer certaines formes de délinquance ou d’incitation à l’économie parallèle. Outre les problèmes d’insertion sociale qui y sont liés, la connaissance de délits, via l’existence de données de certains fichiers de police et de gendarmerie, peut ensuite poser des difficultés aux jeunes concernés dans leur recherche d’emploi et même salir leur casier judiciaire qui les suit partout où ils vont et dans toutes activités entreprises.
Des conséquences plus globales liées à la perte d’estime de soi
Au-delà de l’emploi et de ses conséquences financières directes, la situation de chômage, de non emploi, de sous-emploi galopante et triste que connaissent ces quartiers conduit à un sentiment d’échec, engendrant des comportements de repli et de rejet. Cette situation est vécue d’autant plus douloureusement qu’elle s’accompagne d’un sentiment d’injustice et de véritable perte d’estime de soi.
Les discriminations font en particulier l’objet d’un fort ressenti par les jeunes. Olivier Noël, sociologue, chercheur-coopérant à l’Institut social et coopératif (ISCRA), s’appuie ainsi sur des enquêtes et études menées en 2005 en Bretagne, Bourgogne et Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour présenter la façon dont les jeunes perçoivent leur situation au regard de leurs difficultés d’insertion sur le marché du travail et des discriminations dont ils peuvent être l’objet. Ainsi, 20 % des jeunes de la commune de Yeumbeul interrogés par téléphone dans le cadre de la réalisation de cette étude considèrent avoir été victimes d’une discrimination en matière d’emploi, principalement par rapport à leur adresse. Les jeunes de ce quartier, ne sont vus que comme auteurs d’insécurité alors qu’ils sont également victimes d’autres insécurités (emploi, vieillesse, maladies etc… En effet, à l’insécurité sociale qu’entraînent les critères d’embauche légitimes que sont la qualification et les compétences, s’ajoute une insécurité sociale résultant des pratiques de discriminations. Le sentiment qui en découle conditionne fortement l’attitude des jeunes dans leur démarche de recherche (ou non) d’emploi.
Le vécu réel des discriminations, auquel s’ajoute un sentiment démultiplié de discriminations, sont indéniablement des causes essentielles dans l’explication des tensions sociales dans les quartiers notamment dans le quartier de Yeumbeul. C’est même l’idée du modèle républicain et du principe d’égalité qui sont ainsi mis en cause et considérés comme des principes revendiqués par les acteurs institutionnels, dont la réalité est bien éloignée pour les populations des quartiers.
A contrario, on peut noter un effet d’entraînement très positif des réussites par le sport, la culture musicale, chorégraphie, initiatives associatives etc…. lorsqu’elles se réalisent dans les quartiers.
Au total, le nous considérons que cette situation est inacceptable et nécessite une prise de conscience urgente, accompagnée de propositions concrètes.
Quelques recommandations :
Le travail est un vecteur décisif d’avenir pour la jeunesse. Fort du constat ainsi établi, nous émettons une série de recommandations en tentant de n’occulter ni aucune des causes ni aucune des facettes du phénomène. L’économie et la société sénégalaise ne peuvent se passer de la richesse représentée par la jeunesse des banlieues. Si des propositions concrètes et précises nous semblent indispensables, elles doivent toutefois s’appuyer sur un postulat clairement énoncé et partagé. Il s’agit en effet au préalable d’affirmer un certain nombre d’idées à même de changer l’état d’esprit prévalant sur cette question.
La prise de conscience nationale doit se renforcer
L’existence d’un taux de chômage élevé frappant les jeunes des quartiers est connue de tous. Ses conséquences en termes de tensions sociales parfois explosives et la diversité des causes qui y sont liées sont également présentes aujourd’hui dans le débat public.
Il a malheureusement fallu que des événements se produisent, accompagnés de violences parfois et d’une forte médiatisation, pour que la société dans son ensemble prenne conscience de la réalité d’une détresse sociale, qui ne peut être comprise sans y intégrer l’absence d’emploi ou de perspective d’emploi et le sentiment de rejet conséquent.
Nous considérons que cette prise de conscience nationale doit aujourd’hui se renforcer. À cet égard, nous avons estimé qu’un véritable investissement national, devait être élevé au rang de grande cause nationale. Dans le même sens, nous appelons ici à ce que l’investissement des pouvoirs publics et de l’ensemble des acteurs soit sans relâche sur l’emploi des jeunes, et en particulier ceux des quartiers populaires à l’occurrence celui de Yeumbeul. Le coût de l’inaction est, en effet, dans le cas présent, particulièrement élevé. Le défaut d’investissement en termes de politiques publiques, notamment éducatives, mis au démarrage de la vie active a, faut-il le rappeler, des conséquences sur toute la suite du parcours professionnel et donc personnel. Cela suppose une mobilisation réelle des moyens alloués à une telle fin.
Un changement des représentations est nécessaire.
La prise de conscience nationale sur l’importance du problème doit s’accompagner d’un changement des représentations à tous les niveaux, dans la société, globalement de la part des entreprises et des services publics, et enfin de la part des jeunes eux-mêmes.
Au niveau de la société sénégalaise dans son ensemble, la notion de discriminations doit impérativement être mieux comprise afin de ne pas se cantonner à un discours moralisateur et ressenti comme culpabilisant, souvent inefficace, pour aller vers la reconnaissance du refus de différences de traitement non fondées sur des critères objectifs, et en cela interdites par la loi. Par ailleurs, nous estimons nécessaire de pointer un certain nombre d’idées reçues qu’il convient de faire évoluer pour trouver les réponses adaptées à la réalité de cette jeunesse et de ses difficultés d’accès à l’emploi. Ainsi, nous rappelons avec force, que les jeunes des quartiers dans leur immense majorité veulent travailler et ne se satisfont pas d’une situation d’exclusion professionnelle. Il apparaît en outre nécessaire de distinguer, d’une part, les politiques d’insertion qui concernent les situations d’exclusion et les personnes les plus écartées de l’emploi, d’autre part, la question de l’emploi des jeunes des quartiers au Sénégal qui, loin de ne concerner que des jeunes confrontés à d’importantes difficultés sociales, recouvrent des situations très contrastées au regard de l’accès à l’emploi, liées notamment à leur environnement et aux discriminations subies. Enfin, les jeunes des quartiers ont, comme tous les jeunes, des ambitions quant à leur avenir professionnel, social, personnel. Les réussites qui existent dans les quartiers, et ne sont pas exceptionnelles, ont d’ailleurs une valeur d’exemple particulièrement forte et sont vecteurs d’émulation. Elles contribuent en outre à valoriser le travail par rapport à l’économie parallèle, au-delà de l’aspect financier, en termes d’insertion sociale.
Tant les entreprises existantes que les services publics doivent procéder à un examen critique de leurs modalités de gestion et de recrutement, de leurs représentations et trop souvent leurs préjugés et stéréotypes. Si les entreprises ont des exigences légitimes notamment du point de vue comportemental, elles doivent en revanche questionner sans cesse la pertinence de leurs modes de gestion des ressources humaines. Un certain nombre d’entre elles ont compris l’importance de ne pas se priver de salariés pouvant répondre à leurs exigences professionnelles du fait d’a priori sur leurs origines géographiques, ethniques ou sociales. La nécessité de rationaliser le recrutement en tenant compte exclusivement de la capacité d’un jeune à répondre ou non aux attentes de l’entreprise est à même d’enrichir les recrutements et donc la performance. C’est par conséquent une question de raisonnement économique qui s’impose. D’autres entreprises sont soucieuses à juste titre d’avoir une population salariée qui soit à l’image de la société et de sa diversité.
Enfin, les jeunes eux-mêmes, lorsqu’ils ont été confrontés à un premier échec direct ou ont eu à connaître celui d’un parent ou d’un ami, entretiennent rapidement une image assez négative des acteurs de l’emploi, du monde de l’entreprise à celui du service public de l’emploi. Il est pourtant essentiel qu’ils sachent aussi dépasser une approche globalisante, afin notamment de comprendre certains « codes » légitimes des entreprises liés à leurs exigences du point de vue comportemental en particulier. Par ailleurs, certains jeunes entretiennent des représentations négatives sur certains métiers qu’ils considèrent comme dévalorisants en les associant parfois au vécu de leurs parents. C’est le cas notamment du secteur du bâtiment, dont les responsables sont d’ailleurs conscients de la nécessité de modifier l’image de ses métiers afin d’attirer des jeunes.
Des pistes concrètes pour activer la chaine de l’emploi.
Pour nous, il importe de travailler sur chaque aspect de la chaîne de l’emploi pour contrer ce qui apparaît comme une spirale par laquelle, dès la scolarité, le jeune d’une banlieue semble être engagé sur une voie risquant de le conduire au chômage et à être victime de discrimination. Il convient de faire en sorte d’optimiser les chances de réussite à chacune des étapes et d’agir sur toutes les composantes favorisant l’accès à l’emploi.
Des dispositifs existent, de nombreuses initiatives sont mises en place. Il ne s’agit pas de réinventer une nouvelle politique spécifique, mais de rechercher les moyens de renforcer les différents aspects de l’existant et de les mettre en cohérence.
En amont, préparer et accompagner les jeunes des banlieues vers l’emploi.
Les difficultés d’accès à l’emploi des jeunes des quartiers de Dakar par exemple Yeumbeul rejoignent pour nombre d’entre elles celles observées pour l’ensemble des jeunes de notre pays dont, faut-il une fois encore le rappeler, plus de la moitié de la population jeune (15 à 25 ans) sortent du système éducatif sans diplôme. Même si la situation particulière des quartiers populaires appelle de toute évidence des réponses plus spécifiques, les questions de la formation initiale et de la lutte contre l’échec scolaire, tout comme celles de l’orientation et de l’accompagnement vers l’emploi nécessitent globalement des efforts conséquents pour l’ensemble de la jeunesse du Sénégal, que de nombreux travaux et mémoires de stages de fin d’études, de mémoires de recherche etc., ont déjà soulignés.
Les propositions que nous formulons au travers de ces divers avis restent toujours pertinentes, même si elles doivent être précisées ou complétées pour répondre de manière plus spécifique à la situation des jeunes des banlieues dakaroises, en particulier la banlieue Yeumbeuloise.
Faire de l’orientation un enjeu majeur
La question de l’orientation nous apparaît centrale tant pour le choix des filières qu’en ce qu’elle prédispose aux possibilités d’accès au marché du travail. Il ne s’agit pas de nier les aspirations des jeunes quant à leurs souhaits futurs mais de leur permettre de réfléchir sur leur avenir et de le préparer dans les meilleures conditions.
ü Créer un service public de l’orientation au niveau local
Les jeunes des quartiers populaires se trouvent relativement démunis de moyens leur permettant de s’informer sur les réalités du monde du travail dont ils ont, en outre, souvent une vision déformée. Ce manque d’information des élèves, mais aussi des familles, contribue à perpétuer les inégalités sociales.
ü Des informations sur les filières existantes, les métiers et leurs débouchés,
en revalorisant l’enseignement professionnel et les métiers manuels qui souffrent d’une image négative, doivent être dispensées aux jeunes dès le collège et à chaque étape du cursus scolaire. Les formations en alternance, qui représentent un mode privilégié d’acquisition de diplômes opérationnels, doivent également être valorisées aux yeux des jeunes et de leur entourage et être davantage mobilisées. Le parcours de découverte des métiers et des formations devraient être expérimentés dans les collèges.
Accompagner les jeunes vers l’emploi.
Pour les jeunes, l’entrée dans la vie active se heurte à nombre de difficultés liées entre autres à la méconnaissance du marché du travail et du monde de l’entreprise. Le passage de la fin de la scolarité ou des études à l’accès à l’emploi, en passant par la recherche d’emploi, doit par conséquent être facilité par un accompagnement des jeunes, et en particulier ceux des quartiers populaires qui, plus que d’autres, se retrouvent dans les méandres conduisant au premier emploi.
Assurer la transition vers le marché de l’emploi dès la fin de la période scolaire
Un très grand nombre de jeunes sortent du système scolaire précocement et sans aucun diplôme ni qualification. Ce constat doit être rapproché du fait que seule la moitié environ des jeunes des quartiers populaires, en recherche d’emploi, sont connus des structures du service public de l’emploi qui peuvent les aider à entrer dans la vie active. En raison de représentations négatives, ils peuvent imaginer qu’ils n’auront pas l’écoute qu’ils attendent et seront confrontés à une remise en question de ce qu’ils sont. De ce fait, ils peuvent s’inscrire dans une démarche d’évitement qui les conduirait à une méconnaissance de la culture de l’entreprise et de la stratégie à adopter pour trouver un emploi. Les dispositifs existants, notamment ceux mis en œuvre par l’Éducation nationale au titre de sa mission générale d’insertion, n’apparaissent pas suffisants pour assurer la connexion entre le système scolaire et les acteurs du service public de l’emploi. Or, le moment où le jeune n’est plus scolarisé peut devenir un moment critique, si cette période dépasse quelques semaines. Une trop longue période d’inactivité à la sortie du système scolaire risque d’installer le jeune dans une démarche défavorable à la dynamique de recherche d’emploi.
Nous considérons qu’il faut réfléchir aux moyens d’assurer véritablement ce lien et de favoriser les contacts en allant au devant des jeunes. Cette nécessité est d’autant plus forte en cas de déscolarisation. Si de nombreuses associations œuvrent en ce domaine, il revient aux pouvoirs publics, et en premier lieu à l’Éducation nationale, de mettre en place une procédure permettant une prise en charge quasi automatique des jeunes et le plus en amont possible avant la fin de la scolarité. Il est essentiel d’éviter autant que faire se peut l’absence de repères en termes d’orientation ou les échecs scolaires et de les prévenir de façon à ce que les jeunes ne soient pas en déshérence au moment de cette rupture.
Offrir un véritable accompagnement individualisé au jeune pour son entrée sur le marché du travail
Cette démarche doit être poursuivie par un accompagnement du jeune lui permettant d’acquérir une connaissance minimale du marché du travail et des techniques de recherche d’emploi. De nombreux acteurs du service public de l’emploi, au premier rang desquels les missions locales si elles existent, des opérateurs privés également mais aussi des associations, devraient mettre en place des ateliers de conseils et d’accompagnement dans la recherche d’emploi (élaboration d’un CV et de lettres de candidatures ou encore lettres de motivation, préparation à un entretien, construction d’un projet professionnel).
Transformer des modalités de recrutement.
Une fois prises en compte les possibilités d’améliorer la formation et la préparation des jeunes à l’emploi, il convient également de regarder les freins existant du côté des recruteurs, tant privés que publics. Le recours à des modalités de recrutement sortant du modèle classique est de nature à y répondre, dans les entreprises et dans le secteur public.
Dans les entreprises.
Dans les entreprises (quelque soit leur nature et leur taille), un certain nombre d’initiatives existent d’ores et déjà mais restent insuffisamment connues et mutualisées. À cet égard, nous émettons les propositions suivantes : diversifier les modalités de recrutement
Nous pensons qu’il serait judicieux de faire évoluer le modèle type du recrutement qui repose actuellement sur la seule forme classique de la lettre de motivation accompagnée du CV préalable à l’entretien de recrutement. Cette méthode apparaît inadaptée pour un certain nombre d’emplois, peut favoriser la discrimination en mettant en avant des données qui ne sont en réalité pas essentielles pour l’adéquation avec un emploi, telles que l’adresse ou les loisirs, et ne permet pas de recruter prioritairement en fonction d’un potentiel repéré. La diversification des modalités de recrutement, tenant compte notamment du secteur et du type d’emploi, est à développer afin de favoriser l’embauche de profils plus diversifiés.
Si nous sommes favorables à une diversification des recrutements pour encourager la diversité des profils retenus, elle est en revanche plus réservée sur le CV anonyme c’est-à-dire le CV sans nom et adresse mais avec le numéro de téléphone et/ou le mail. Si nous reconnaissons que la motivation qui y préside est louable et qu’il peut avoir des effets positifs, le CV anonyme pose néanmoins une question de principe. En effet, en gommant le nom, l’adresse et donc l’identité d’une personne, il valide implicitement l’idée qu’il serait vain de se battre contre les discriminations liées au nom et adresse, donc à l’origine. Il constitue à la fois un aveu de renoncement dans la lutte contre les discriminations et une violence faite aux personnes concernées.
Améliorer l’environnement global de l’emploi.
Favoriser l’emploi des jeunes des quartiers populaires au Sénégal suppose de rechercher les moyens d’optimiser l’environnement économique et le dynamisme des entreprises tout autant que de faciliter la recherche d’emploi des jeunes et leur mobilité en agissant sur les divers freins à cette démarche.
Développer l’activité économique et favoriser la revitalisation des quartiers.
La question de l’emploi des jeunes des quartiers de Dakar en général et en particulier le quartier de Yeumbeul ne peut faire abstraction de celle plus large de l’environnement économique, qu’il s’agisse du tissu d’entreprises existant ou à venir au sein des quartiers mêmes, mais aussi, au delà de ces territoires, dans le cadre d’une vision d’ensemble propre à réinscrire les quartiers dans la ville. Nous souhaitons encourager l’emploi des jeunes des quartiers, hors et dans les quartiers.
Afin de développer l’activité économique et l’emploi dans les quartiers situés dans des quartiers qu’on pourrait ici nommés des zones sensibles ou défavorisées, la loi devrait permettre aux entreprises qui s’implantent dans ces zones de bénéficier d’exonérations fiscales et sociales, dont le maintien est lié au respect par l’employeur d’une proportion minimale de salariés résidant dans ces quartiers.
Les chantiers mis en place dans le cadre des programmes de rénovation urbaine subventionnés devraient sans doute réserver un minimum d’heures travaillées et d’emplois aux habitants des quartiers. Cette clause d’insertion professionnelle pourrait être étendue à d’autres opérations dans le cahier des charges des marchés publics que passent les collectivités territoriales et l’État avec des entreprises.
Il convient de promouvoir ces opportunités d’emploi en agissant dans une double direction.
En premier lieu, il importe de sensibiliser davantage les jeunes à l’intérêt des emplois considérés. Le collège, le lycée, les CIO, les académies, les rencontres avec des acteurs du service public de l’emploi, sont autant d’occasion de les informer sur ces métiers et les formations correspondantes. L’apprentissage et les contrats de professionnalisation apparaissent comme des voies privilégiées pour permettre aux jeunes d’acquérir une qualification et doivent être véritablement revalorisés.
Par ailleurs, les branches professionnelles et les structures territoriales patronales ont également un rôle à jouer par le biais de campagnes d’information ou de participation à des forums des métiers ainsi que sur l’attractivité des métiers considérés au travers des conditions de travail et de rémunérations. Des initiatives existent en ce domaine, tant de la part de structures tels le mouvement entreprises du Sénégal (MEDS) mouvement, la semaine de l’exposition au CICES etc. il faut également souligner l’enjeu majeur de l’emploi dans les très petites entreprises et l’artisanat
Les TPE et les entreprises artisanales constituent un vivier d’emplois important. Elles représentent en même temps un atout certain du fait de la relation de proximité entre l’employeur et le salarié, qui permet d’aider et de suivre un jeune dans son insertion professionnelle. Cela est particulièrement souhaitable et appréciable pour certains jeunes et même parents de ces quartiers interrogés ayant besoin de davantage d’accompagnement et de repères.
Il convient d’organiser, de moderniser et de redynamiser les très petites entreprises (TPE) et des entreprises artisanales et de sensibiliser plus largement les employeurs du secteur à l’intérêt de diversifier leurs recrutements et de ne pas se priver du potentiel de ces jeunes, souvent accru par un besoin de réussite et de reconnaissance. Au-delà de l’aspect insertion dans l’entreprise, il faut aussi faciliter l’auto-emploi et donc la création d’entreprise.
Faciliter la création d’entreprises de façon pérenne
La création d’entreprise constitue une des démarches intéressantes au regard de la lutte contre le chômage. Toutefois, elle est par nature complexe et risquée. Cette difficulté est accrue pour les jeunes qui n’ont pas encore d’expérience du monde du travail et de surcroît pour les jeunes des quartiers populaires en raison de difficultés liées à leur environnement.
Au-delà de la phase de création, les moyens doivent être trouvés de pérenniser l’activité créée. C’est pourquoi il importe d’aborder les projets des jeunes avec prudence et de ne pas créer d’illusions sur les difficultés et les risques d’échec dont les effets peuvent être désastreux compte tenu à la fois de l’investissement personnel et des conséquences financières.
Une aide à l’élaboration du projet, s’appuyant sur des actions de formation adaptées et un accompagnement renforcé des jeunes des quartiers à toutes les étapes de la création, est d’autant plus indispensable que la plupart d’entre eux ont peu de références du monde entrepreneurial dans leur entourage les aidant à mieux en comprendre les rouages et à trouver les financements nécessaires.
Nous considérons, en outre, que cet accompagnement doit s’inscrire dans la durée afin d’assurer les conditions de survie de l’entreprise.
La question des financements, et donc de l’accès aux prêts bancaires, mérite à cet égard d’être soulevée, notamment au travers d’une défiance à l’égard des jeunes des quartiers. Or, la qualité des financements de démarrage de l’activité est un gage de pérennité de l’entreprise. Le projet des pouvoirs publics de confier à la Caisse des Dépôts par exemple l’attribution de prêts à taux zéro pourrait sembler de nature à répondre en partie à cette difficulté. Il conviendra toutefois de s’assurer des effets de cette mesure destinée à jouer un effet de levier vis-à-vis de l’accès au crédit bancaire qui devrait être plus largement accordé. Il apparaît également souhaitable de développer et soutenir les initiatives en matière de microcrédits.
Faciliter la recherche d’emploi et la mobilité des jeunes.
L’amélioration de l’environnement de l’emploi implique plus largement le maintien ou l’implantation de services publics et de commerces au sein même des quartiers, dans un souci de dynamisme, de vitalité économique et de cohésion sociale. Nous estimons à travers cette étude en particulier souhaitable que les habitants desdites quartiers populaires, défavorisés puissent bénéficier d’un service de proximité en matière de recherche d’emploi. En effet, il semble important d’aller au devant des personnes qui se trouvent les plus éloignées de l’emploi et des possibilités d’information et d’accompagnement dans leurs démarches.
L’accès à l’emploi des jeunes de ces espaces suppose d’agir également sur un certain nombre d’aspects périphériques au monde du travail, dont l’importance de ne peut être négligée. Les efforts déployés pour l’accès à l’emploi ou à la formation ne peuvent trouver pleinement leurs effets qu’au travers d’une approche globale intégrant en particulier les questions du transport mais aussi les problématiques de santé, ou encore des conditions spécifiques d’accès à certains emplois liés à la sécurité.
Ce souci de promotion de la mobilité des jeunes doit aussi s’envisager comme un moyen de faciliter l’émancipation de certains jeunes de leur milieu familial, en particulier pour les jeunes femmes.
Développer l’autonomie en matière de transports.
Le déficit de mobilité constitue un frein important à l’emploi pour les jeunes, en particulier lorsqu’ils vivent dans des quartiers populaires, ceux-ci étant souvent excentrés et mal desservis par les transports publics. L’enclavement contribue à renforcer la fracture entre lesdites zones urbaines défavorisées (ZUD) et le reste de la ville, et explique que certains quartiers soient peu attractifs pour l’implantation d’entreprises ou de commerces.
Il incombe aux pouvoirs publics d’intensifier leurs efforts et leurs investissements pour développer les transports publics dans les quartiers populaires et permettre ainsi à leurs habitants une mobilité ouvrant des perspectives, notamment en termes d’accès à l’emploi.
Conclusion :
Pour conclure, nous affirmons que la liste des principales mesures en faveur de l’emploi des jeunes est longue. Déployée vers tous les publics, on pourrait imaginer qu’elle est suffisante et fait face correctement aux besoins d’insertion professionnelle. Tel n’est pas le cas. La crise accentue la fragilité de l’emploi des jeunes. Le gouvernement a-t-il pris la mesure de l’ampleur du problème ?
L’objectif de réduction progressive des écarts constatés avec les autres villes ou quartiers et de « retour au droit commun », qui justifie la mise en place d’une politique territorialisée spécifique, devrait être prédominant dans les différents dispositifs. Cela suppose que la détermination des territoires prioritaires repose sur des critères précis et que les mesures qui les concernent aient des objectifs concrets et soient limitées dans le temps ». « L’impact de cette crise n’est pas négligeable sur l’emploi des jeunes, les effets sont amplifiés par rapport à ce qu’ils étaient en 1980-1984 ou 1993 et les conséquences sont nombreuses » a noté madame N.M.G. étudiante en cinquième année d’Expertise, Ingénierie Direction d’organisations (EIDO) Université Paris 12 Créteil. Le développement de l’emploi local et le ralentissement de l’exode rural, en réduisant le taux de sous-emploi grâce à la multiplication des opportunités d’occupation en milieu rural et urbain (les banlieues) pourrait être une des solutions pour lutter contre le dysfonctionnement social et économique. L’amélioration de l’employabilité d’une main-d’œuvre en constante augmentation et de la qualité de l’emploi, en sont d’autres.
Un appui plus conséquent aux initiatives de développement de l’emploi local et rural, une adaptation plus forte du système de formation aux besoins d’emploi, par une professionnalisation accrue de la formation, une meilleure organisation de l’apprentissage et des formations ; l’amélioration de l’efficacité du contenu en emploi des politiques nationales par le renforcement des politiques incitatives, l’amélioration de la productivité dans les entreprises et la nécessité de favoriser l’emploi dans les choix techniques ; la promotion de l’auto emploi et la correction des discriminations dans l’accès à l’emploi à l’égard des groupes cibles défavorisés sur le marché du travail ; le renforcement et le développement du système d’information sur le marché du travail, à partir d’outils conceptuels et méthodologiques performants unifiés et orientés vers la gestion prospective de l’emploi ; la rationalisation, la coordination et la dynamisation des divers autres types d’interventions directement ou indirectement orientées sur la promotion de l’emploi ; le développement de la communication sociale avec les différents acteurs du marché du travail, la mise en place d’un nouveau dispositif institutionnel participatif fondé sur des structures publiques de l’Emploi fortes, souples et décentralisées ainsi que sur des cadres de coopération efficaces pourraient contribuer efficacement à la réduction voir l’éradication des inégalités d’accès à l’emploi des jeunes des banlieues et notamment ceux de Yeumbeul..
La crise de l’emploi, consécutive à la crise financière, nécessite de la part des gouvernements, mais aussi des organisations d’employeurs et de travailleurs des actions concertées dans le cadre d’un dialogue social, a affirmé le ministre d’Etat, ministre de la Fonction publique, de l’Emploi et des Organisations professionnelles. De telles mesures devraient permettre de « maintenir, malgré les difficultés, le cap en matière de création d’emplois décents et en quantité suffisante », a souligné Habib Sy qui procédait, lundi à Dakar, à l’ouverture de la 7ème session du Comité national de dialogue social (CNDS) axé sur le thème « Le dialogue social face à la crise socio-économique actuelle ».
Références bibliographiques :
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- Lefresne Florence, Les jeunes non qualifiés, Problèmes politiques et sociaux, n° 915, août 2005 Le Gall Gérard, Réunifier et réconcilier la ville -- Constat et propositions, avis et rapport du CES, brochure n° 1, 9 janvier 2008
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- Moudileno Sabine, Prévenir et déjouer la discrimination professionnelle, Les éditions Demos, 2008
- Observatoire national des zones urbaines sensibles, Rapport 2007, Rapport 2006
- Walter Jean-Louis, L’insertion professionnelle des jeunes issus de l’enseignement supérieur, avis et rapport du CES, brochure n° 12, 6 juillet 2006
Par Maro Malamine
Consultant-Expertise-Ingénierie-Direction des Organisations
Chargé de Projet à l’Assemblée Permanente des Chambres de
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